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20 avril 2017

Moyen Orient : Les guerres alimentées par l’occident et les régimes arabes

Nous publions ci-dessous l’analyse de Martine Sevegrand dans Golias Hebdo. Et on s’étonne ensuite que des attentats se produisent dans tous ces pays qui provoquent et entretiennent le chaos sur toute la planète !



"Notre planète est entrée dans une nouvelle période de tensions dangereuses. Partout, les bellicistes relèvent la tête et désignent nos ennemis : ici, la Russie, là-bas l’Iran et plus loin encore la Chine. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump semble permettre d’exploiter des situations conflictuelles bien réelles. Commençons par l’Asie orientale.

Les États-Unis contre la Corée du Nord ou contre la Chine et la Russie ?

Depuis longtemps, la Corée du Nord, dotée de l’arme nucléaire, défie le reste du monde. Après le tir par Pyongyang, en février dernier, de quatre missiles dont trois sont parvenus non loin des côtes japonaises, les États-Unis ont décidé le déploiement du sytème de missiles anti-balistique américain (THAAD), pour protéger la Corée du Sud et le Japon. Évidemment, ce système est très mal perçu par la Chine et la Russie dont les missiles balistiques pourraient être détruits. C’est aussi la dissuasion qui est mise en cause. La Russie a rappelé qu’elle avait proposé aux États-Unis de créer un bouclier antimissile russo-américain en Europe et que toutes ces propositions avaient été rejetées par Washington. Des mesures devront donc être prises pour maintenir l’équilibre dans le domaine des armements stratégiques. Dans un communiqué commun, la Russie et la Chine ont donc appelé à « faire preuve de retenue afin d’éviter des actions qui pourraient mener à l’escalade de la tension ». Cependant, Trump accuse la Chine de ne pas agir contre la Corée du Nord et s’est déclaré prêt, le 2 avril, à « régler » seul le problème, sans l’aide de la Chine. Dès le lendemain, la Corée du Nord a menacé de riposter si la communauté internationale alourdissait les sanctions contre ses programmes nucléaire et balistique.

Mais, de son côté, en mer de Chine méridionale, Pékin a pris possession des îles Spratly constituées par plus de 750 îlots, atolls et récifs, un archipel revendiqué par les Philippines, la Malaisie et le Vietnam. Sur certains récifs, la Chine a construit des bases militaires abritant des missiles sol-air. Pékin n’a pas renoncé à ses prétentions malgré un jugement défavorable de la Cour d’arbitrage de La Haye. Dans le passé, des incidents ont déjà eu lieu avec des navires américains et, dès l’arrivée au pouvoir de Trump, le porte-parole de la Maison-Blanche a déclaré : « Si ces îles sont dans les eaux internationales et ne font pas à proprement parler partie de la Chine, nous ferons en sorte que les territoires internationaux ne soient pas contrôlés par un seul pays ». Actuellement, un porte-avions US et un destroyer patrouillent dans la zone disputée et, en riposte, la Chine a renforcé sa présence militaire. La visite du président chinois, Xi Jiping, aux États-Unis permettra-t-elle de trouver un compromis ?

Qui menace qui en Europe ?

On assiste en Europe à l’éclosion d’une nouvelle guerre froide. D’un côté, on dénonce les appétits grandissants de la Russie qui a agressé l’Ukraine et annexé la Crimée, portant ainsi atteinte aux frontières intangibles. De l’autre, on riposte que l’Ukraine est un pays contrôlé par des bandes fascistes et qu’on ne peut refuser à la population de Crimée le droit à disposer d’elle-même. Le référendum qui, en Crimée, a donné un vote massif pour le rattachement à la Russie a été déclaré par Obama contraire au « droit international ». Mais le droit international peut-il s’opposer à la volonté populaire ? On a bien vu les États-Unis promouvoir la création de l’État du Kosovo , aux dépens du territoire de la Serbie.

A l’origine de la tension en Europe, il y a le maintien de l’OTAN alors que le Pacte de Varsovie avait disparu (en 1991) avec l’URSS. Pourquoi maintenir cette alliance militaire sous direction américaine puisqu’il n’y avait plus de danger ? Or, on assista, au fil des ans, à l’intégration de nombreux pays dans l’OTAN. Ce fut d’abord, en 1999, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque qui ont porté les membres de l’OTAN en Europe de 16 à 19. Puis, en 2004, 7 pays adhérèrent à l’OTAN : l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie. Ce n’est pas tout : en 2009, la Croatie et l’Albanie sont intégrées à leur tour alors que l’adhésion de la Macédoine est bloquée par le veto de la Grèce. Aujourd’hui, d’autres pays sont en négociation : l’Ukraine, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Moldavie. Regardez une carte : comment la Russie ne se sentirait-elle pas assiégée, menacée et, pour le moins exclue de l’ordre européen : on trouve des bases de l’OTAN de la Norvège à la Turquie en passant par la Pologne, l’Allemagne et toute l’Europe de l’Ouest. Dans ces conditions, les forces armées se déploient de part et d’autre.

A Kaliningrad, enclave russe au coeur de l’Europe, la Russie aurait installé des systèmes de missiles de défense côtière. De l’autre, l’OTAN a décidé l’envoi de 4 bataillons nationaux de 1 000 hommes chacun dans les pays baltes et en Pologne. La France participe à cette mission sous un commandement étranger. Des chars de la Bundeswehr viennent d’être déployés en Lituanie à 100 km de la frontière russe, pour la première fois depuis la deuxième Guerre mondiale. Dans l’Arctique, les sous-marins russes et américains se frôlent.

La mer Noire est un autre espace stratégique, à la périphérie de l’UE avec la Roumanie et la Bulgarie, aux portes de l’Ukraine, de la Russie, de la Turquie ; et c’est une voie de circulation des hydrocarbures. Des incidents ont lieu périodiquement avec des avions ukrainiens ou lors des manœuvres de l’OTAN.

Mais c’est plus que tout l’installation d’un bouclier antimissile américain en Europe qui inquiète la Russie. La décision a été prise sous prétexte de parer à la menace iranienne… qui n‘existe plus aujourd’hui. Des deux côtés, les médias s’empressent de « chauffer » les opinions publiques en évoquant de plus en plus les intentions agressives de l’autre.

Au Proche-Orient, guerres et menaces

Commençons par la guerre au Yémen lancée depuis deux ans par l’Arabie saoudite. Mohammed ben Salmane, vice-prince héritier et ministre de la Défense, entendait par une victoire militaire asseoir son pouvoir. Il a infligé au Yémen des bombardements aveugles qui ont visé les populations civiles autant que les forces combattantes et provoqué, selon Amnesty international, « une catastrophe humanitaire ». Trois millions de personnes ont dû fuir leurs maisons. Amnesty demande à nouveau un embargo sur les armes et une enquête internationale. Hélas, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont livré, depuis deux ans, pour 5 milliards de dollars d’armes à l’Arabie saoudite et à la coalition qu’elle a formée. La résistance des Houthis est inouïe. Ils sont non seulement parvenus à contenir l’avancée des troupes de la coalition et à lui infliger des pertes notables mais à attaquer des frégates et, au début de février, à lancer un missile qui s’est abattu à l’ouest de Ryad !

Aujourd’hui, l’Arabie saoudite veut s’emparer du port d’Al-Hodeida, dernier port que contrôle les forces yéménites et unique ouverture du pays sur le monde extérieur. L’ONU vient de mettre en garde l’Arabie saoudite contre une opération à Hodeida, port par lequel entrent plus de 70 % des denrées alimentaires et des aides humanitaires.

Quelques divisions sont apparues dans la coalition : le Koweit refuse de payer les 10 milliards de dollars que Ryad lui réclame en tribu pour la guerre et serait sur le point de retirer ses troupes de la guerre saoudienne. En revanche, les États-Unis s’impliquent de plus en plus par leurs bombardements et Trump, en mars dernier, a donné son feu vert pour une prolongation d’un an des opérations militaires contre le Yémen. Quant à la France, en mars dernier, l’Élysée a refusé de recevoir Amnesty qui voulait remettre la pétition signée par des milliers de citoyens demandant au gouvernement de ne plus vendre d’armes à la Coalition…

En Palestine, la guerre des forces d’occupation contre la population. L’arrivée de Trump à la présidence a libéré Netanyahu de toute retenue. Le Sénat américain vient d’ailleurs de confirmer la nomination d’un financier, David Friedman, qui partage les convictions de l’extrême droite religieuse et nationaliste israélienne et a donné beaucoup d’argent pour soutenir la colonisation. Ainsi, à Beit El, une colonie religieuse de 6 000 habitants particulièrement extrémistes, il a financé la construction d’un lycée pour les filles, appelé « bâtiment Friedman ».
Le 6 février, la Knesset adoptait une loi régularisant une soixantaine de « colonies sauvages » créées depuis les années 1990 et abritant aujourd’hui 2 500 familles. Seul le petit parti israélien Meretz a parlé d’un « hold-up d’État ». Enfin, alors que les Palestiniens célébraient la « Journée de la terre », Netanyahu prenait l’initiative de créer une nouvelle colonie. A Jérusalem-Est, l’expulsion des Palestiniens se poursuit sous tous les prétextes et les colons sont désormais au nombre de 300 000.

Partout, la répression s’accentue ; depuis septembre 2015, les soldats ont droit de tirer à balles réelles contre des lanceurs de pierres et ne s’en privent pas. En 2016, 35 enfants ont été tués par l’armée, la police ou même des civils israéliens armés. En février 2017, en une semaine, 2 enfants sont tombés sous les balles israéliennes. A partir de 12 ans, ils peuvent être emprisonnés sans voir ni avocat ni famille pendant des semaines ; ils sont l’objet de menaces, de mauvais traitements et parfois les familles doivent verser de grosses sommes pour les récupérer.

L’Autorité palestinienne (AP) collabore étroitement avec les Israéliens. Mahmoud Abbas vante la « coopération sécuritaire israélo-palestinienne ». Il faut dire que l’AP ne survit que grâce aux subsides américains et israéliens. Dernièrement, six Palestiniens qui avaient été emprisonnés et torturés par sa police ont été relâchés ; cinq furent immédiatement arrêtés par les Israéliens mais le sixième parvint à s’enfuir. Ce militant de 35 ans qui n’appartient à aucune organisation fut finalement localisé dans une maison en plein centre de Ramallah ; donc en zone A qui, selon les accords d’Oslo, est sous le contrôle total des Palestiniens. Cependant, les soldats israéliens l’assiégèrent et le tuèrent sans aucune réaction de l’AP.

J’ai souvent évoqué le sort tragique des deux millions de Gazaouis. Toute une partie du territoire n’a pu être reconstruite faute de matériaux. Et l’armée israélienne bloque désormais l’accès à Gaza aux représentants des organisations de défense des droits de l’homme. ! Précisons enfin que le Hamas comme l’AP sont depuis longtemps détestés par une forte majorité de Palestiniens.

Il y a du nouveau dans le Sinaï où une branche de Daesh est présente. Le 8 février, elle a tiré plusieurs roquettes ver Eilat, la station balnéaire israélienne, rappelant l’objectif premier du mouvement : « libérer la Palestine ». Un nouveau moyen de relancer son recrutement international ? Les experts n’écartent pas aujourd’hui une expédition militaire israélienne contre Gaza et le Sinaï ; elle bouleverserait l’équilibre régional depuis le traité de paix israélo-égyptien qui, en 1979, avait rendu le Sinaï à l’Égypte. Ce serait aussi une manière de célébrer la victoire israélienne de juin 1967. Encore faut-il qu’elle est l’aval de Trump qui, lui, semble apprécier le maréchal Sissi.




En Irak, la guerre contre Daesh et contre le chaos. Après avoir subi la dictature de Saddam Hussein, le terrible embargo imposé pendant onze ans par l’ONU et l’invasion américaine, ce pauvre pays tente de survivre. L’armée irakienne dissoute par le gouverneur américain a fourni à Daesh une masse de combattants aguerris ; ce qui explique que les restes de cette armée aient abandonné Mossoul en juin 2014, laissant à l’EI tout son matériel ! On sait combien la reprise de cette ville est difficile et combien les civils paient le prix fort. L’aviation irakienne vient, dernièrement, d’éteindre tous les puits de pétrole qui étaient exploités par Daesh. A mesure qu’elle avance, la nouvelle armée irakienne découvre l’ampleur des pillages et des destructions des sites antiques, comme par exemple à Nimrod. En Irak, c’est l’aviation américaine qui opère et, en Europe, on est beaucoup plus discret sur les « bavures »… Ajoutons que les États-Unis ont interdit à la Turquie, toujours prête à gagner du terrain aux dépens des Kurdes, de participer à ces combats. Ces Kurdes restent, d’ailleurs, les meilleurs combattants. Cependant, ils ont dû stopper les combats contre les jihadistes autour du barrage de Mossoul, sur le Tigre, devant la menace d’ébranler encore plus un ouvrage déjà en très mauvais état. S’il s’écroulait, les eaux retenues par le barrage balaieraient la région ; Mossoul serait engloutie par une vague de 14 m qui ferait jusqu’à 1,5 million de victimes.

La Syrie à feu et à sang. Soulignons d’entrée de jeu que les informations qui parviennent en Europe dépendent pratiquement d’une seule source, l’Observatoire syrien des Droits de l’homme, tenu par un opposant au régime… qui vit à Londres depuis 2000. Sa fiabilité est donc toute relative.

Si Assad a sauvé son régime, des combats avaient encore lieu, à la mi-mars, dans l’est de Damas qui subissait une offensive des jihadistes d’Al- Nosra (Al-Qaida). La victoire du régime à Alep ne doit pas faire oublier que des combats acharnés se poursuivent. Au centre du pays, Raqqa est toujours tenu par 3 à 4 000 jihadistes qui tiennent en otage 130 000 habitants. Des centaines d’Américains participent, avec des chars, aux combats au sol. La Coalition tire sur tout ce qui bouge et, il y a trois semaines, l’aviation américaine a bombardé un camp de déplacés faisant une centaine de morts.

A mi-chemin entre Raqqa et Mossoul, Deir ez-Zor est contrôlé par le gouvernement mais la ville – et 120 000 civils – est assiégée depuis trois ans par Daesh. Le ravitaillement n’arrive plus que par hélicoptères. En revanche, il est bien difficile d’évaluer la situation sur la frontière avec la Turquie.

Les États-Unis et la Russie se sont partagés l’espace aérien de la Syrie pour éviter un affrontement accidentel. La Russie dispose de deux bases en Syrie : Lattaquié dont les avions décollent pour mener leurs bombardements et Tartous, une base navale qui existe depuis 1971 et qui a été rénovée en 2015 ; cependant, elle ne peut recevoir que des bateaux de taille moyenne. On sait aussi que les forces gouvernementales sont appuyées par le Hezbollah et des Iraniens, les Gardiens de la Révolution. De leur côté, les Américains ne manquent pas de bases militaires : en Jordanie, à Djibouti, au Qatar, à Bahrein, en Turquie, avec, de surcroît, un porte-avion dans le golfe Persique.


Enfin, les multiples raids de l’aviation israélienne sur la Syrie, dans le but d’intercepter les convois d’armes destinés au Hezbollah, révèlent surtout que le chaos chez son voisin convient parfaitement à l’État hébreu. Sur le Golan occupé, Israël accueille des blessés jihadistes, les soigne et les renvoie ensuite au combat. Mais, à la mi-mars, Damas a, pour la première fois, riposté à une attaque israélienne sur Palmyre par un missile visant Israël et déclaré que la Syrie ne tolèrerait plus aucune attaque de ce genre. L’État syrien n’étant pas en mesure de résister à Israël, cela voudrait-il dire que la Russie serait prête à s’engager dans une escalade contre l’État hébreu ? On sait pourtant que, jusqu’à maintenant, la Russie a su ménager Israël et aurait même promis de ne pas transmettre au Hezbollah ses armes les plus sophistiquées.

Le jeu dangereux des grandes puissances au Moyen-Orient. Décidément, cette région du monde intéresse beaucoup de monde ! Relevons d’abord la politique israélienne qui repart à l’offensive avec Trump. L’accord sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015 par l’Iran avec les États-Unis et cinq grandes puissances a été violemment dénoncé par le gouvernement israélien. Alors que les guerres israélo-arabes successives avaient assuré une domination militaire sans partage d’Israël sur la région, la montée en puissance de l’Iran et sa réintégration dans le concert des nations est apparue comme une menace pour l’État hébreu qui a multiplié les déclarations agressives. Il semble cependant que, dans l’immédiat, Trump n’ait pas l’intention de dénoncer l’accord. En revanche, Netanyahu aurait-il convaincu le président américain de la nécessité d’affaiblir le plus possible l’allié de l’Iran, le Hezbollah ? Depuis qu’en 2006, dans le Sud du Liban, la milice libanaise a mis en échec les forces israéliennes et ses fameux chars Merkava (50 chars mis hors de combat), elle est devenue une véritable obsession en Israël. Ce dernier pays commence à mettre en place un système de missiles antimissiles, appelé la « Fronde de David », afin de sécuriser ses usines pétrochimiques de la baie de Haïfa qui avaient été visées en 2006 par les katyushas du Hezbollah. L’État hébreu envisagerait-il une nouvelle opération au Liban avec le soutien américain ?

Donald Trump et la Syrie. Le nouveau président a élaboré un plan de partition de la Syrie plus pertinent que celui d’Obama, avec des zones sécurisées. Une zone, au nord-est, serait confiée aux Forces démocratiques syrienne alliées aux États-Unis et principalement composées de Kurdes. Une autre, au nord d’Alep, donnée à la Turquie ; une troisième au sud confiée ouvertement à la Jordanie mais en fait à Israël. Enfin, une quatrième, à l’ouest, allant de la côte jusqu’à Homs, serait accordée à la Russie. Ainsi, les intérêts de la Turquie, d’Israël et de la Russie seraient sauvegardés. Les perdants seraient l’Iran et le Hezbollah.

Le 30 mars, Trump faisait savoir que la chute de Bachar al-Assad n’était plus une priorité, au grand dam de l’opposition syrienne… et de la France dont la diplomate n’a plus qu’à s’aligner ! Début avril, on a appris que Donald Trump avait envoyé un message à Bachar al Assad par l’intermédiaire de Tulsi Gabbard, une élue démocrate. Voici des extraits de ce message, retranscrits par René Naba : « qu’il sache que notre collaboration aura pour titre exclusif la lutte contre Daesh. Et il trouvera que la demande de son renversement de son poste n’est pas dans le cadre de mes intérêts et qu’elle finira progressivement par s’estomper dans les médias ». Quant à la reprise des contacts directs et à la suppression des sanctions, ce sont deux choses qui ont besoin de plus de temps. [...] En réalité nous devrions œuvrer avec lui si nous voulons affronter Daesh sérieusement ». Priorité, donc, à la lutte contre Daesh. Et puis, patatras : après le bombardement avec armes chimiques attribué à Assad , Trump annonce, le 6 avril, qu’il reconsidère sa position vis-à-vis d’Assad et fait bombarder une base du régime ! L’avenir de la Syrie est plus incertain que jamais.

La question de la place de l’Iran est au coeur des débats. Depuis août 2016, des bombardiers stratégiques russes stationnent sur des bases iraniennes et peuvent opérer à partir de là. De surcroît, la rumeur circule selon laquelle l’Iran aurait reçu l’aval de Damas pour construire une base navale à Lattaquié ; ce qui signifierait une menace constante pour Israël et mettrait aussi en question l’exploitation en Méditerranée des gisements gazo-pétroliers du Liban et de la Syrie qui sont pillés par Israël.

Les États-Unis voudraient isoler l’Iran tout comme l’Arabie saoudite qui voit dans ce pays à la fois une grande puissance rivale et le phare d’un monde chiite impie, à éradiquer.

L’administration américaine travaille à rapprocher des pays comme la Jordanie, l’Égypte, les Émirats arabes Unis et l’Arabie saoudite pour aboutir à une sorte d’OTAN arabe visant à contrer l’Iran. Dans cette perspective, la solution du problème palestinien ne passerait plus par un État.

La stratégie russe encore inconnue. La visite récente du président Rohani à Moscou a souligné, s’il en était besoin, le désir de l’Iran, celui d’une alliance stratégique avec la Russie. Or les États-Unis se proposent de reconnaître les intérêts de la Russie en Syrie en lui accordant une zone d’influence ; l’Iran et le Hezbollah feraient les frais d’une telle entente. Mais la Russie va-t-elle choisir ?

Autre surprise : l’annonce par la Turquie de la fin de son opération « Bouclier de l’Euphrate » en Syrie et en Irak. On devine qu’Erdogan a obtenu des avantages et des assurances par ses négociations avec la Russie et les États-Unis. Le secrétaire d’État Rex Tillerson n’avait-il rendu visite à Erdogan, quelques jours auparavant ? Mais la haine du dirigeant turc à l’égard des Kurdes est, on le sait, inexpiable.

Reste le jeu dangereux de l’Arabie saoudite et de ses vassaux qui ont financé discrètement les groupes jihadistes. Avec sa doctrine wahhabite, ce pays est très proche de la pensée jihadiste : même puritanisme, même haine du chiisme, même soumission de la femme, même rejet de la musique, même folie destructrice des monuments non seulement pré-islamiques mais aussi des vestiges du passé par crainte du… polythéisme ! Notre alliance avec l’Arabie saoudite, pour gagner quelques milliards de dollars – en vente d’armes - est une inconséquence que nous pourrions payer cher. La Jordanie vient de signer des accords de coopération avec l’Arabie saoudite. Il est vrai que l’Arabie saoudite et d’autres pays arabes se rapprochent discrètement d’Israël : voyages de diplomates, d’hommes d’affaires. Netanyahu s’est écrié : « Pour la première fois de ma vie et de l’existence de mon pays, les pays arabes ne voient pas Israël comme un ennemi mais de plus en plus comme un allié ». Une fois de plus, il faut se demander : luttons-nous vraiment contre le terrorisme de l’islam radical quand nous sommes alliés au royaume des Saoud ?"

Par Martine Sevegrand

XAPJPO-EuroPalestine


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