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7 janvier 2019

Les méthodes gouvernementales pour essayer d’intimider les gilets jaunes

Stéphane Trouille, vidéaste militant, accusé par le procureur du tribunal de Valence d’avoir voulu « bouffer du flic », a été condamné à 18 mois de prison dont 6 avec sursis. Il va faire appel, et donne dans un communiqué sa version des faits.

Communiqué de Stéphane Trouille, condamné à Valence après une manifestation des Gilets Jaunes

Le verdict de notre procès du mercredi 26 Décembre 2018 où j’ai été condamné à dix huit mois de prison dont six mois avec sursis plus une interdiction de manifester pendant trois ans a été un nouveau choc, après le choc carcéral que j’ai vécu pendant les douze jours de détention provisoire.

De même pour les trois autres Gilets Jaunes, Tom, Dylan et Maria, qui ont également été condamnés à de la prison ferme et à une interdiction de manifester.

Je reprends du poil de la bête, de nouveau porté par l’élan massif de soutien qui me parvient, lors du rassemblement pendant le procès, par le courrier, par les mails, par les réseaux, par les coups de téléphone et par les SMS, cela n’arrête pas.

J’aimerais resituer le contexte qui nous a amenés à être condamnés si lourdement.

Samedi 8 Décembre 2018 vers 9 heures, je me rends sur le Plateau des Couleurs, zone commerciale de Valence, dans le département de la Drôme, pour manifester avec d’autres Gilets Jaunes et pour exprimer mon mécontentement et ma soif de liberté, de solidarité, de justice et de démocratie.

Alors que je quitte la zone commerciale avec une centaine de personnes, Samedi 8 Décembre 2018 vers 13 heures 15, je suis confronté à une scène d’agression dont sont victimes des Gilets Jaunes. Je décide, comme d’autres, d’intervenir pour leur porter assistance, les protéger et porte trois coups de pied à un des agresseurs pour le repousser. Après ces trois coups, je me rends compte, à la vue d’un pistolet qu’un autre homme sort, qu’il s’agit de policiers en civil et je décide de quitter les lieux. Durant toute cette scène, qui dure environ vingt deux secondes, je n’ai à aucun moment entendu les policiers s’identifier et je n’ai à aucun moment vu leur brassard, pour le moins discret et difficilement décelable.

Alors oui, j’ai bien exercé une violence sur un individu, pour protéger des Gilets Jaunes et pour faire fuir des personnes que j’avais identifiées comme des agresseurs. Non, je n’ai pas, nous n’avons pas « cassé du flic », « bouffé du flic » et « foutu en l’air du flic », comme les mass-médias le martèlent depuis le rendu du jugement, reprenant largement les termes dramatiques du procureur.

Un procureur qui fera allusion, dans ses prises de paroles, à la violence des Gilets Jaunes en général, ne parlant pas des quatre personnes qui ont perdu une main suite à des tirs de grenades explosives dans des manifestations, des douze personnes qui ont perdu un œil suite à des tirs de Lanceurs de Balles de Défense (LBD) et de la grand mère morte à Marseille des suites d’un tir de grenade lacrymogène à sa fenêtre. De même, il ne mentionnera pas les Gilets Jaunes morts sur les ronds points.

Un procureur dont les réquisitions ont été reprises quasiment à l’identique par le juge. Un procureur qui, comme tous les autres, a reçu de la ministre de la justice des consignes de grande fermeté dans une circulaire datée du 22 novembre 2018 « relative au traitement judiciaire des infractions commises en lien avec le mouvement de contestation dit des Gilets Jaunes ».

Dans cette circulaire, il est par exemple proposé aux procureurs d’alourdir les peines prononcées en y ajoutant « l’interdiction de participer à des manifestations sur la voie publique pour une durée ne pouvant excéder trois ans ». Voilà qui en dit long sur la liberté d’expression et de manifestation et sur le souhait de museler les colères et les revendications des gouvernés, sommés de rester à leur place. On coupe tout ce qui dépasse.

Je voudrais ici remercier les médias libres et indépendants qui permettent d’avoir un autre prisme que celui des médias mainstream, dont le traitement est pour le moins orienté et sensationnaliste. Un traitement qui est la plupart du temps basé sur une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) à charge, mentionnant des prévenus qui voulaient « bouffer du flic », « des actes dégueulasses » et qui cite en grande majorité les paroles du procureur et du commissaire divisionnaire.

Sur France Inter, dans le journal de 18 heures du jour du procès, Mercredi 26 Décembre 2018, la journaliste présente sur place annonce, après avoir repris le réquisitoire du procureur, que je me suis excusé, ce qui est faux. Une manière de laisser penser que je reconnais que j’ai exercé des violences sur des forces de l’ordre, ce qui n’est pas le cas.

Autre exemple local de détournement de l’information, le jour du procès, Mercredi 26 Décembre 2018, le Dauphiné Libéré, journal de la région, parle d’une Incapacité Totale de Travail (ITT) d’au moins huit jours pour le directeur départemental de la police, alors qu’il n’a eu en réalité que trois jours d’ITT. Pour information, son collègue a eu une ITT de deux jours.

Avec mon avocat, nous allons faire appel. La décision du tribunal nous paraît complètement démesurée par rapport aux faits réels, ne prenant aucunement en compte la plaidoirie de la défense malgré quatre heures d’audience.

Il est difficile de ne pas la considérer comme une sanction pour l’exemple, pour étouffer l’ardeur et les contestations actuelles contre l’état et les politiques menées par le gouvernement. La sentence est donc suspendue jusqu’au nouveau procès.

Je tiens ici à avoir une pensée pour toutes les personnes qui sont derrière des barreaux, de par leur engagement, leur quête de liberté, leur énergie et leur engouement à ne pas laisser l’injustice prévaloir. Comme les Gilets Jaunes, de nombreuses personnes en lutte sur d’autres fronts sont visées, que ce soit en France ou sur les routes migratoires vers l’Europe, en Libye et en Italie.

J’ai une pensée spéciale pour les sept de Briançon, injustement condamnés pour certains à de la prison ferme pour aide à l’entrée sur le territoire d’une personne en situation irrégulière.

Les amis, ne soyons pas tristes, résignés ou abattus, nos villes, nos campagnes, nos ronds-points et nos places sont vivants comme jamais.

Les pensées se politisent, les réflexions et les idées fleurissent, les actions s’enchaînent et les rencontres se multiplient, cela n’a pas de prix.

La stratégie des gouvernants, en plus de nous faire peur, consiste à nous diviser, faisant porter la cause des souffrances sur le voisin, l’étranger ou le marginal. Faisons grandir partout l’émancipation, la prise de conscience, la solidarité, la fête, la rencontre, le débat et l’amour.

Les manières de s’engager sont multiples, tout le monde peut apporter sa pierre, ses bras, ses débats, son esprit critique, ses poésies, sa créativité et ses rêves. La pluralité des modes d’action et de pensée est notre richesse, il y a de la place pour chacun à sa manière et à son échelle.

Adelante, y a basta, fêtons comme il faut cette fin d’année, 2019 n’en sera que plus vivante. Ensembles, nous sommes nombreux."

Stéphane Trouille

CAPJPO-EuroPalestine


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