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27 juin 2005

UN FOU DANGEREUX NOMME MEIR WEINTRATER

Un lecteur du site vient de nous faire parvenir cette édifiante histoire, que vous trouverez ci-dessous. Meir Weintrater, directeur de la rédaction de la revue l’Arche y découvre un nouvel antisémite, en la personne de Jean Ferrat, et plus précisément de la chanson "Nuit et Brouillard" sur les camps de concentration nazis, créée par le célèbre chanteur au début des années 1960. Les propos de Weintrater, et la réponse cinglante de Jean Ferrat, se suffisent à eux-mêmes. Il est cependant lamentable que pas une voix, dans le judaisme communautaire (lecteurs de l’Arche, institututions prétendant à la représentation des Juifs, etc.) ne se soit élevée, depuis la publication de l’article de Weintrater (il y a maintenant plus de trois mois) pour dénoncer cette incitation à la haine. Nous publions également, au bas de cette correspondance, la chanson "Nuit et Brouillard" ; elle doit son titre au nom de code "Nacht und Nebel" (en français, "Nuit et Brouillard") donné par les nazis aux déportés, pour signifier que ces femmes et ces hommes, une fois entre leurs griffes, étaient promis au néant. S’autoproclamant "Le mensuel du judaisme français", l’Arche s’est progressivement transformée, au fil des décennies, en un instrument quasi exclusif de promotion de la politique israélienne.

Extrait de l’interview de Meir Weintrater
Rédacteur en chef de la revue l’Arche (N° de mars-avril 2005)
« Je vais vous donner un exemple qui m’a frappé. La chanson « Nuit et
brouillard », décrit les victimes des gens qui sont dans des « wagons plombés »
et dit :
« Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel,
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vishnou
D’autres ne priaient pas mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux ».

Les deux derniers vers évoquent les résistants, essentiellement les
résistants communistes, puisque c’était la mouvance à laquelle appartenait Jean Ferrat.
Dans les deux premiers vers, Natacha fait référence à l’Union Soviétique,
Jean-Pierre, on comprend aussi. Le seul moment où l’identité juive apparaît
est dans Samuel et Jéhovah. Quant à Vishnou, on suppose que c’était pour faire la
rime. Aujourd’hui, un tel texte serait attaqué pour négationnisme implicite.
Pourtant, je me souviens que j’étais à l’époque très content de cette chanson
et ma génération l’a accueillie avec soulagement. On avait le sentiment que
l’on reconnaissait quelque chose implicitement même si cela restait très
marginal.

NAM : Que faut-il en déduire ?
M.W : Que Jean Ferrat lui-même, en tant que Français communisant, et bien que
de père juif avait intériorisé la minoration de la persécution des Juifs, alors
même que son propre père est mort en camp d’extermination.

REPONSE DE JEAN FERRAT :
Monsieur Jean Ferrat
07530 ANTRAIGUES

Monsieur Meir WEINTRATER

Rédacteur en chef de la revue « L’Arche »

Antraigues, le 24 février 2005

Monsieur,

Je viens de prendre connaissance de votre interview publiée par « Nouvelles
d’Arménie Magazine » de janvier 2005 et ne saurais rester sans réagir à vos
déclarations me concernant et concernant aussi ma chanson : « Nuit et
brouillard », car c’est la première fois depuis 42 ans qu’elle suscite une réaction de
cette nature. C’est la première fois qu’on me reproche, en définitive, de
n’avoir pas parlé uniquement de l’extermination des juifs.
Vous osez le faire. J’ai envie de dire : « Tant pis pour vous », mais je vous
rappelle que justement, « Nuit et brouillard » est dédié à toutes les victimes
des camps d’extermination nazis quelles que soient leurs religions et leurs
origines, à tous ceux qui croyaient au ciel ou n’y croyaient pas et bien sûr,
à tous ceux qui résistèrent à la barbarie et en payèrent le prix.

Que vous puissiez justement, faire un compte dérisoire en regrettant que :
« Le seul moment ou l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah » me
paraît particulièrement indigne. Je ne puis également accepter vos interprétations
tendancieuses qui concernent les résistants que je célèbre et qui seraient,
d’après vous, : « essentiellement communistes ». Je passe sur l’évocation de
« Vishnou » que je n’aurais utilisé que pour la rime alors qu’il symbolisait
pour moi toutes les autres croyances possibles.

Si j’avais aujourd’hui à regretter quelque chose, c’est de n’avoir pas cité
les autres victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les
Tsiganes. Mais il est temps, à présent, d’en venir à votre affirmation
finale :
« Aujourd’hui, un tel texte (vous parlez, bien entendu, de « Nuit et
brouillard ») serait attaqué pour négationnisme implicite ».

Je me demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si vos
propos ne relèvent pas simplement de la psychiatrie.
Jean Ferrat

LA CHANSON "NUIT ET BROUILLARD", par Jean FERRAT (1963)

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs
Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter ?
L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été
Je twisterais les mots s’il fallait les twister
Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent


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