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27 septembre 2007

Haider Abdel Shafi, un homme hors du commun

Les Palestiniens ont été nombreux à suivre mardi l’enterrement d’Haidar Abdel Shafi, qui vient de décéder à l’âge de 84 ans après une vie exemplaire au service de la cause palestinienne. Abdel Shafi est sans doute la figure la plus populaire parmi l’ensemble des Palestiniens, en raison d’ une ligne de conduite qui ne dévia jamais, puisque co-fondateur de l’OLP en 1964, il refusa toujours les concessions à sens unique et rompit notamment avec Yasser Arafat à partir de 1993, en raison de sa manière de mener les négociations d’Oslo, qui acceptaient une intensification de la colonisation israélienne et l’absence d’objectifs finaux.

Médecin, nationaliste et laïc, Abdel Shafi fut toutr à tour responsable de la Société du Croissant Rouge pour la Bande de Gaza, Commissaire Général de la Commission palestinienne indépendante pour les droits des citoyens, membre fondateur de l’Initiative nationale palestinienne lancée en juin 2002, membre du conseil des administrateurs de l’université de Birzeit.

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Né à Gaza en 1919, juste à la fin de l’occupation de la Palestine par les Ottomans. Il était l’un des six enfants de Sheikh Muheiddin Abdul Shafi, chef du Haut Conseil Islamique (Wafq – l’autorité chargée d’administrer les affaires des musulmans de Palestine), gardien des lieux saints à Gaza et (à partir 1925-27) d’Hébron

Il fit ses études secondaires au Collège Arabe de Jérusalem. Diplômé en 1936, il part pour Beyrouth, étudier la médecine à l’Université Américaine où il rejoint le Mouvement Nationaliste Arabe. Diplômé en 1943, il part travailler à l’Hôpital Municipal de Jaffa (Mustashfa Al-Baladiya), sous mandat anglais.

En 1944, il rejoint le Jaysh al-Badah (l’armée du désert) de l’armée anglo-jordanienne, qui fait partie alors à la Neuvième Armée Anglaise dans le but d’ouvrir un second front, ce qui n’eut jamais lieu. Il retourne à Gaza à la fin de la guerre et devient co-fondateur d’une branche de la Société Médicale Palestinienne (1945), et participe au premier Congrès Médical Palestinien.

Il apporte un soutien médical à la guérilla palestinienne dans les affrontements entre israéliens et arabes après la résolution de partage des Nations Unies en 1947. Il dirige un centre d’information médicale au cours de la première guerre arabo-israélienne (1948) quand
200 000 Palestiniens viennent se réfugier à Gaza.

En 1951, il se rend aux Etats-Unis, pour étudier la chirurgie à l’hôpital de Miami Valley à Dayton, dans l’Ohio. Retourne à Gaza – alors sous gouvernement égyptien – en 1954, et travaille comme chirurgien pour les Egyptiens de l’hôpital Tal Zahur. Il sera un grand ami et admirateur de Abdel Nasser.

A partir de 1956, il fait partie du conseil municipal de Gaza et se fait une réputation de « fauteur de troubles » en dénonçant la main-mise de l’occupant sur cette instance.

Il retourne à la pratique médicale, puis devient président du Premier Conseil législatif palestinien à Gaza (1962-64). Délégué de la toute première conférence (Congrès National Palestinien) qui s’est tenue à Jérusalem en 1964 et a fondé l’OLP (sous Ahmed Shukeiry), il est membre du premier Comité exécutif de l’OLP (1964-65-).

Il travaille bénévolement à l’hôpital Shifa de Gaza en 1967, quand Israël occupe à nouveau Gaza. Est emprisonné par Israël à la fin de la guerre, suspect d’avoir soutenu les activités militaires du PFLP de George Habache,

Après sa libération, il refuse toute coopération avec les plans israéliens destinés à lier Gaza à Israël par le biais du développement d’infrastructures communes ; à titre de punition Moshe Dayan l’expulse pour trois mois à Nahal, village isolé du Sinaï en 1969. Il sera déporté de nouveau le 12 septembre 1970, cette fois au Liban, pour deux mois avec cinq autres membres importants du leadership de Gaza, en représailles d’un détournement du PFLP.

Fondateur Directeur de la Société palestinienne du Croissant Rouge à Gaza dès 1972, il offre des soins médicaux gratuits et un forum pour des activités culturelles. Prend ses distances avec l’Egypte après les accords de Camp David de septembre 1978, qu’il considère comme un abandon des Palestiniens par l’Egypte en vue de récupérer le Sinaï. Après son opposition virulente à l’Accord, Israël l’a bouclé à Gaza et a menacé le Croissant Rouge de Gaza de fermeture.

En mai 1988, au cours de la première Intifada, il fut avec Saeb Erekat et Hanan Ashrawi l’un de ceux qui participèrent à une émission de la chaîne ABC depuis Jérusalem. Pour la première fois des Palestiniens s’adressaient directement à un public israélien (et occidental). Un tournant dans la perception occidentale de l’OLP. Il conduisit la représentation palestinienne de la délégation palestino-jordanienne à la conférence de paix de Madrid en 1991, et par suite conduisit l’équipe de négociation palestinienne pendant deux mois au cours des conversations de Washington (1992-93).

Il démissionne de la délégation en Avril 1993, revient à son poste sous la pression, uniquement pour réclamer la suspension de la participation palestinienne aux discussions de mai 1993. « Depuis le début quand ont commencé les négociations à Washington nous avons insisté pour qu’Israël arrête le processus de colonisation, parce que c’est en contradiction avec les clauses de départ. Dès l’instant où Israël refusait d’arrêter et où le sponsor américain ne contraignait pas Israël à respecter les négociations ont perdu toute crédibilité », déclarait-il.

Il quitte définitivement l’équipe palestinienne de négociation d’Oslo et prévoit parmi les premiers que le processus d’Oslo s’effondrera parce qu’il n’a pas été possible de s’attaquer au problème des colonies.

Il est élu au Conseil législatif Palestinien pour Gaza en 1996, avec le plus grand nombre de voix de tous les membres. Il se présente au poste de porte-parole du PLC, mais perd contre Ahmed Quraï (Abu Ala) par 57/31 voix. Il prend alors la direction du comité politique du PLC. Il sort du meeting du Congrès National de Palestine d’avril 98, en déclarant qu’Arafat ne devrait pas modifier la Charte du PN et reconnaître Israël tant qu’Israël n’accorde pas la réciproque. « Il n’y a pas de problème de coexistence. La présence juive et une réalité qui doit être reconnue ». Il annonce son intention de démissionner du PLC en octobre 1997 (effective au 30 mars 1998) au motif que le PLC n’a pas de pouvoir réel pour changer la situation des Palestiniens ; il a aussi appelé à plus de démocratie à l’intérieur du PNA, et à un leadership d’unité nationale.

En avril 1998 il a initié des conversations unitaires pour toutes les factions de Gaza, afin d’inclure le Fatah, le Hamas le Jihad Islamique l’aile gauche du PFLP et le DFLP. Il décrit l’intifada Al-Aqsa comme le rejet spontané de dix ans de négociations stériles qu’Israël a utilisées sur le terrain pour créer des faits accomplis ; il soutient le droit des Palestiniens à combattre mais s’oppose aux attentats suicide ; il est très critique de la nature désorganisée de la résistance. Il réclame que l’autorité palestinienne organise l’Intifada au lieu de prendre ses distances (avec elle), et élargisse sa base démocratique en formant un gouvernement d’unité nationale, même si cela signifie que le PNA s’allie avec des groupes inacceptables pour l’opinion publique occidentale, tels que le Hamas et le Jihad Islamique : « Vous voyez c’est notre droit ; la manière dont nous organisons nos propres affaires ce n’est ni l’affaire des Etats-Unis ni celle de la communauté européenne ; établir une autorité d’unité nationale c’est nos affaires privées. », déclare-t-il.

Il appelle à un gouvernement d’unité palestinienne pour faire voir au monde la nature essentiellement défensive de la résistance palestinienne qui combat seulement dans les Territoires Occupés et seulement contre l’activité de colonisation des Israéliens, et de ses activités annexes comme les démolitions de maisons et les expulsions des terres agricoles : « Je pense que nous devons affronter le monde avec cette position. Je pense que nous devons faire en sorte que ce soit bien clair pour le sponsor américain et pour les Israéliens. Nous devons dire que nous n’avons pas envie de tuer des Juifs, mais que nous voulons dans les faits combattre partout où Israël continue à créer des colonies, ou quand il estime nécessaire de démolir une maison une ferme ou des arbres, Nous devons tourner notre feu en direction des colonies illégales, surtout les nouvelles colonies -. C’est là où nous pouvons arrêter l’expansion des sionistes, et là nous sommes complètement dans notre droit selon la loi internationale, dans le cadre de référence, et soutenus par l’opinion publique mondiale »

Peu enthousiaste sur la Feuille de Route, il pense que la fin de l’activité de colonisation devrait occuper toute les énergies de la résistance palestinienne, et seulement à partir de là, et pas à pas, aller vers une solution à deux Etats sur la base des frontières de 1967, avant d’envisager un seul Etat bi-national. Toute activité de négociation quand les colonies continuent à s’étendre est non seulement inutile, mais nuisible à ses yeux.

(Traduit de l’anglais par Carole SANDREL)

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