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Chronique de la cruauté de l’occupant israélien

mercredi 27 février 2019

Nous publions ci-dessous la traduction d’un article de la journaliste israélienne Amira Hass, qui raconte comment l’armée israélienne s’ingénie à transformer en enfer la vie des Palestiniens. En l’occurrence, comment Israël a empêché un médecin palestino-américain de se rendre au chevet de sa mère en phase terminale de cancer à Naplouse, en Cisjordanie occupée.


(Palestiniens de Naplouse au check-point à la sortie de la ville)

Haaretz 27 février – Par Amira Hass

Israël a déclaré mercredi avoir finalement levé l’interdiction d’entrée en Cisjordanie qu’elle avait jusque là opposée à un citoyen états-unien né à Gaza, qui voulait voir une dernière fois sa vieille mère, mourante à Naplouse (Cisjordanie occupée).

« Un porte-parole du COGAT (l’autorité militaire israélienne en charge des territoires palestiniens occupés, NDLR) a affirmé à Haaretz qu’un permis d’entrée en Cisjordanie avait été le permis d’entrée finalement accordé lundi soir à Awni Abou Rjaila. Mais mercredi matin, après 12 jours d’attente en Jordanie, ce n’était toujours pas le cas. La situation ne s’est débloquée que mercredi après-midi », écrit la journaliste, dont l’opiniâtreté a manifestement aidé au dénouement.

Dans un communiqué publié le même jour, le COGAT s’est « justifié », en alléguant que le demandeur ne remplissait pas les « critères » … pour entrer dans son propre pays. Mais Israël, dans son infinie miséricorde, avait décidé de faire « un geste humanitaire » en le laissant passer de l’autre côté du Jourdain.

Abou Rjaila est un médecin qui habite et exerce à Tampa, en Floride (Etats-Unis). En janvier dernier, il apprend que sa mère, qui réside à Naplouse, est atteinte d’un cancer du pancréas, une maladie dont l’issue est généralement fatale à court terme. Elle est ensuite victime d’un accident vasculaire-cérébral, qui la laisse aveugle. Le médecin se dépêche alors d’organiser le voyage lui permettant d’aller à son chevet, en entrant en Cisjordanie via la Jordanie, l’utilisation de l’aéroport international de Tel Aviv étant de toutes façons interdite aux voyageurs palestiniens, ou considérés comme tels par Israël.

L’épouse de Rjaila, Sawsan Rachid, elle aussi médecin, ainsi que les deux filles du couple, qui détiennent toutes les trois un passeport états-unien et pas de carte d’identité palestinienne (un document délivré sous le contrôle d’Israël, il faut le rappeler), sont autorisés à traverser le Jourdain et à entrer en Cisjordanie le 16 février.

Mais pas le père. Dans sa volonté de fragmenter à l’infini la société palestinienne, Israël interdit, sauf délivrance d’une autorisation spéciale, aux personnes considérées comme résidentes de Gaza d’entrer en Cisjordanie.

« Une fois entrée et parvenue à Naplouse, Sawsan Rachid effectue une demande auprès du COGAT, laissée sans réponse. Le 20 février, l’ONG israélienne Gisha, qui milite pour la liberté de circulation des Palestiniens, dépose une nouvelle demande, au nom du voyageur bloqué. Lundi après-midi 25 février, la réponse arrive, négative : le refus est signé par un officier en charge du secteur de Gaza, un certain lieutenant Roni Vaknin », poursuit Amira Hass.

« Le lendemain mardi 26 février, je demande des explications au COGAT. Un de ses porte-parole me répond que l’autorisation d’entrée a été validée dans la soirée de lundi, mais qu’une ‘panne des services informatiques’ avait empêché sa transmission ! ».

Le militaire affirme ensuite que la panne informatique sera réparée mardi soir à 22 heures, après quoi Abou Rjaila pourra passer le pont Allenby. « Il demande aussi que Haaretz s’abstienne de publier sur cette affaire, tant que la panne informatique n’aura pas été réparée. Nous avons accepté cette requête », indique Amira Hass, qui n’a effectivement raconté l’histoire que tard mercredi sur le site anglophone de son journal.

Pourtant, mercredi matin encore, lorsque l’ONG Gisha appelle les autorités d’occupation pour savoir si le permis d’entrée a bien été émis, on lui répond mensongèrement que « la demande n’a été faite que mardi, et que son traitement est toujours en cours ».

Malheureusement, sans surprise, l’état de santé de la mère d’Abou Rjaila a continué de se détériorer.

Dans la lettre du lieutenant Vaknin reçue lundi par l’association Gisha, l’armée israélienne oppose trois motifs à l’entrée du voyageur en Cisjordanie : primo, que la demande concernait une entrée dans la bande de Gaza, un mensonge manifeste, Abou Rjaila n’ayant aucune raison d’y aller puisqu’il veut voir sa mère mourante à Naplouse ; secundo, que la présence de la vieille dame à Naplouse était illégale, puisque cette personne est originaire de Gaza, et qu’elle aurait « profité » d’une autorisation (israélienne, bien entendu) d’entrée en Cisjordanie en 2011 pour raisons médicales pour y rester sans permission ; et tertio, parce qu’Abou Rjaila, quand il avait quitté la bande de Gaza pour les Etats-Unis, était sorti de ce territoire palestinien via Rafah, côté égyptien donc, et sans permission préalable des Israéliens (qui ne laissent de toutes façons quasiment personne sortir de ce grand camp de concentration).

Mais comme Israël, n’est-ce-pas, reste « la seule démocratie du Moyen-Orient », le COGAT a finalement décidé de « faire une exception », et de permettre à un homme de voir une dernière fois celle qui l’a mis au monde.

http://www.haaretz.com/misc/article-print-page/.premium-israel-retracts-its-entry-ban-on-gaza-born-american-whose-mother-is-dying-1.6978386

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