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13 juin 2008

A lire absolument : « La stratégie du choc » par Naomi Klein

On savait déjà beaucoup de choses sur la vampirisation de l’Etat par les multinationales depuis plusieurs décennies, dans un nombre croissant de pays occidentaux. Mais Naomi Klein, économiste, journaliste et militante, dresse dans son nouveau livre de 668 pages un inventaire édifiant et inédit des pratiques de vautour mises en place par le gouvernement américain et les grandes entreprises privées pour dépecer des pays entiers sur différents continents.

La stratégie qu’elle qualifie de « capitalisme du désastre » consiste pour les multinationales américaines à rechercher, avec l’appui du gouvernement américain, toutes les situations de crise ou de catastrophe dans le monde, quitte à les créer ou les amplifier, de manière à profiter de la désorientation et du chaos régnant pour imposer le démembrement des Etats en place, la suppression des réglementations existantes, des acquis sociaux, le rachat à vil prix des entreprises nationales par des sociétés étrangères : bref un nouvel ordre économique, qui pourrait s’appeler « casse tout, prends l’oseille et tire toi ».

Une telle stratégie, ne peut bien entendu passer comme une lettre à la poste. Elle exige non seulement de faire « table rase », c’est-à-dire de détruire toutes les infrastructures existantes, mais aussi une répression féroce des populations qui ont en général la mauvaise idée de se soulever contre ce type de viol.

Qu’à cela ne tienne, il y a également dans ce domaine des sociétés privées étrangères qui sont prêtes à faire le « sale boulot » et à en tirer profit. Et plus il y a de chaos, plus il faut engager la « lutte contre le terrorisme » et plus la nouvelle industrie de la « reconstruction » (sans les travailleurs du pays concernés) et de la « sécurité » sera florissante.

Naomi Klein éclaire sous un angle souvent occulté, celui de l’économie, des situations aussi diverses que le coup d’Etat de Pinochet au Chili en 1973, le massacre de la Place Tienanmen en 1989, l’effondrement de l’Union Soviétique, le naufrage de l’épopée Solidarnosc en Pologne, la situation catastrophique pour les Noirs après la victoire de l’ANC en Afrique du Sud, les attentats du 11 septembre, la guerre en Irak, le tsunami au Sri Lanka en 2004, ou encore le cyclone Katrina l’année suivante.

Chiffres et noms à l’appui, elle prouve que tous les prétextes de « corruption », d’ « intégrisme religieux » ou de « conflits ethniques », et autres alibis traditionnels destinés à justifier l’échec de cette stratégie du choc pour la grande majorité de la population mondiale, masque mal le parti pris de transformer l’Etat en simple distributeur des deniers publics aux multinationales, dont la philosophie a peu de chose en commun avec le bien public.

Dans on chapitre sur Israël, l’auteur montre que ce pays est le fleuron de cette stratégie du chaos, et que la paix serait la plus mauvaise nouvelle à annoncer aux dirigeants d’une économie qui fait son beurre, non seulement sur le développement de l’armement, mais surtout sur l’exportation d’une multitude d’engins et de son savoir faire en matière de surveillance, d’espionnage, et de répression. Une "bulle" mirador, en quelque sorte, qui a largement pris le relais de la technologie « point.com ».

Tout au long de son ouvrage, remarquablement documenté, Naomi Klein, démontre que la torture est le corollaire de ce capitalisme du désastre, théorisé par Milton Friedman et l’école de Chicago dès les années 1950. Elle détaille les nouvelles de torture expérimentées, (y compris à l’hopital McGill de Montréal). Ces dernières n’ont pas pour objectif d’obtenir des aveux, mais de faire perdre tous leurs repères à ceux qui sont torturés (privations sensorielles, isolement, électrochocs, administration de drogues…). Il s’agit de faire régresser les victimes, de les déstructurer, pour mieux leur faire admettre ce que les bourreaux désirent.

C’est le même système qui est préconisé par les néoconservateurs pour l’intervention des vautours capitalistes : profiter d’une grave crise, voire la créer, profiter de la désorientation des populations lors de destructions massives pour imposer de nouvelles « règles du jeu », terroriser la population, et se présenter ensuite en bienfaiteur qui vient « secourir », « reconstruire » et apporter la « démocratie ».

Naomi Klein n’épargne dans son analyse ni le rôle de complices joué par la plupart des grandes ONG, ni celui des partis dits d’opposition dans les pays occidentaux. La résistance, conclut-elle, ne peut venir que de larges mobilisations déterminées, comme au Liban et en Palestine, ou comme dans les pays d’Amérique Latine qui ont développé des systèmes de coopératives ouvrières et paysannes.

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"La stratégie du choc" chez Léméa/actes Sud : à lire d’urgence, et à acheter (25 euros)... de préférence dans les librairies militantes !

La librairie Résistances (4, Villa Compoint -à l’angle du 40 rue Guy Môquet. 75017 Paris. M° Guy Môquet. Ligne 13.) vous accueille du mardi au samedi de 14 H à 20 H (et y compris plus tard à l’occasion des conférences débat). Elle propose des livres intéressants souvent mal distribués, ainsi que de nombreux produits de l’artisanat palestinien (savons de Naplouse, huile d’olive de Naplouse, poteries d’Hébron, keffiehs de toutes les couleurs en provenance de camps palestiniens de Damas, carte postales réalisés par les enfants du camp de réfugiés d’Aïda…). Nombreuses vidéos de conférences sur le site : http://www.librairie-resistances.com

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