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Amira Hass : "Benny Gantz parle de Bergen Belsen mais pas du camp de concentration de Gaza"

vendredi 8 février 2019

Benny Gantz, ancien chef d’Etat major de l’armée israélienne, et candidat aux prochaines élections, avec des intentions de vote comparables à celles de Benyamin Netanyahou, fait l’objet d’un dépôt de plainte devant le Tribunal Pénal International de La Haye pour crimes de guerre à Gaza. Et tout ce qu’il trouve à mettre en avant, c’est que sa mère est une rescapée du camp de concentration de Bergen-Belsen. La journaliste Amira Hass lui répond dans Haaretz.


"Gantz, fils d’une survivante de l’Holocauste, mentionne Bergen-Belsen, mais se garde bien de faire la moindre allusion au camp de concentration qu’est devenu GAZA", écrit Amira Hass.

"Très souvent, Benny Gantz rappelle que sa mère fut une survivante du camp de concentration de Bergen-Belsen, comme le relate Anshel Pfeffer dans un article publié par Haaretz le 30 janvier. Ma mère a également survécu à Bergen-Belsen. La mère du chef d’état-major de l’armée israélienne ne l’a certainement pas encouragé à cesser tout approvisionnement en nourriture aux habitants de Gaza. (Pour clarifier les choses : Israël n’envoie pas de nourriture aux Palestiniens. Les Palestiniens de Gaza n’ont d’autre alternative que d’acheter au prix fort à des marchands et des producteurs israéliens, de quoi s’alimenter. )

Ainsi Israël est en capacité d’empêcher tout approvisionnement de Gaza en denrées vitales telle la nourriture, et tout autre produit de première nécessité. Ce qu’Israel a commis à maintes reprises.

Amira Hass

Ma mère était révoltée par les généraux, leurs guerres répétées contre les Palestiniens avec, comme on sortirait son joker au casino, l’utilisation éhontée des Juifs d’Europe exterminés par l’Allemagne nazie, pour justifier leurs actes.

Si Gantz était un homme courageux, il irait de son propre chef à La Haye, devant les juges du tribunal néerlandais. Les juges auraient alors à décider si le tribunal néerlandais peut-être saisi d’ une poursuite civile contre l’ancien chef d’état-major israélien pour crimes de guerre à Gaza en 2014 - avec, entre autres à son actif, le meurtre de six Palestiniens d’une même famille lors d’un bombardement.

Intenter une action en justice pour crimes de guerre, c’est ainsi considérer que tous les êtres humains, qu’ils soient soldats ou leur commandant, sont des créatures douées de la faculté de penser et sont donc responsables de leurs actes. Ils ne font pas que suivre des ordres. Une action civile pour un crime de guerre commis dans un autre pays est basée sur l’existence de valeurs universelles et par conséquent, en cas de violation du droit international, un État tiers a le droit de statuer.

Si Gantz en avait le courage, il quitterait son nouveau siège à la Knesset (ou son cabinet) pendant un jour ou deux et se présenterait à La Haye devant le demandeur, Ismail Ziada.

Mais même si Gantz n’y va pas, deux trajectoires de vies faites de déracinement, d’injustice et de traumatisme se croisent. L’Europe a clairement fait comprendre aux parents de Gantz, nés en Hongrie et en Roumanie, qu’ils étaient des indésirables. En fait, qu’ils ne méritaient pas de vivre. Ils ont pu survivre et sont arrivés dans ce pays. En Israël, nous sommes devenus les vainqueurs, et nous continuons à nous venger sur ceux qui n’ont rien à voir avec l’extermination des Juifs d’Europe.

Gantz est né à Moshav Kfar Ahim, sur les terres du village palestinien en ruine de Qastina. Les parents de Ziada sont nés dans le village de Faluja. Des parties de Kiryat Gat sont construites sur ses terres. La distance entre Qastina et Faluja est de 18,1 kilomètres. La distance entre Faluja et le camp de réfugiés al-Bureij, lieu de naissance de Ziada, est d’environ 40 kilomètres.
En février 1949, conformément à l’accord de cessez-le-feu avec l’Égypte, la brigade égyptienne encerclée dans la « poche de Faluja » se retire. Les habitants du village y sont restés, ainsi que ceux d’Irak al-Manshiyeh et environ 1 000 réfugiés palestiniens d’autres villages. Certains des habitants de Faluja avaient déjà fui plusieurs bombardements israéliens, dont ceux d’octobre 1948.

Le gouvernement militaire alors mis en place ne leur interdisait pas seulement de revenir, mais faisait tout son possible pour terroriser ceux qui restaient, afin qu’il partent. Yigal Allon a été à l’origine de la campagne de terreur menée par Yitzhak Rabin, selon le site Web Zochrot, qui se base sur les recherches de l’historien Benny Morris. En d’autres termes : Israël a clairement indiqué aux parents et aux grands-parents de Ziada qu’ils ne méritaient pas de continuer à vivre là où ils étaient nés, et où leurs familles vivaient depuis des centaines d’années. Le message était clair : Partez vivre ailleurs, si vous tenez à votre peau.

La bande de Gaza est aujourd’hui un camp de concentration, mais pas comme ce fut le cas à Bergen-Belsen. Les différences sont claires et connues. Tout comme elle s’oppose aux parallèles manquant d’informations, de connaissances et de compréhension, utilisées à des fins de provocation, l’auteure de ces lignes s’oppose également à la création de hiérarchies de souffrances, qui ont pour effet de considérer comme quantités négligeables toutes les souffrances qui n’en atteindraient pas le paroxysme, le "climax" (que nous seuls, les Juifs, serions à même de définir). L’utilisation ici du terme « camp de concentration » est basée sur la nécessité de se libérer des liens linguistiques de la période nazie.

Dans la bande de Gaza, confinée et isolée du reste du monde comme dans un camp, vivent environ 2 millions de personnes dans l’un des endroits les plus densément peuplés au monde. Environ 70% d’entre eux sont les descendants des réfugiés expulsés de chez eux. L’absence de liberté de mouvement les condamne à une vie de dénuement, de chômage, pauvreté, maladie, dépression, avec une eau et des sols contaminés, obligés à dépendre d’une charité elle-même de plus en plus réduite. Cela sans évoquer les bombardements et incursions militaires israéliens répétés.

Bergen-Belsen en tant que camp de prisonniers, puis en tant que camp de concentration et d’extermination de Juifs, fut démantelé au bout de quatre ans environ, après la défaite du Troisième Reich. Le camp de concentration qu’est Gaza existe dans des conditions de plus en plus rudes, depuis près de trois décennies. Contrairement à la propagande israélienne, il a été créé avant les attentats-suicides, avant Oslo. Avant que le Hamas prenne en charge et développe ses capacités militaires.

Israël a un objectif politique en tête : non seulement faire de Gaza un gigantesque camp de concentration, mais la séparer du reste des Palestiniens, de sorte qu’elle devienne une entité séparée, privée d’histoire, de racines et d’appartenance à la Palestine.

En tant que chef d’état-major, Gantz a eu un rôle actif en collaborant pleinement à ce crime qui, entre autres, a conduit au meurtre de la mère d’Ismail Ziada, de sa belle-soeur, de son neveu et de trois frères".

Amira Hass, Haaretz Correspondent

(Traduit par Lionel R. pour CAPJPO-EuroPalestine)

* Pour rappel, notre article récent sur Gantz : http://www.europalestine.com/spip.php?article15030

- Et quelques précisions :

Le 29 janvier dernier, Benny Gantz, lors de sa première allocution politique, déclarait qu’il fallait "renforcer les blocs de colonies" et qu’Israël "ne renoncerait jamais au Golan". Il avait également affirmé : La Vallée du Jourdain sera notre frontière, mais nous ne laisserons pas des millions de Palestiniens vivant de l’autre côté de la barrière mettre en danger notre identité en tant qu’Etat juif".

Et le lieutenant-général a conclu en disant : "Nous devrons probablement continuer à envoyer nos enfants se battre pendant 50 autres années".

CAPJPO-EuroPalestine

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