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20 janvier 2011

Contestation croissante en Israël et méthodes du Shin Beth...

Des jeunes, des femmes, de plus en plus d’Israéliens contestent ouvertement la politique d’apartheid israélienne. Du coup le régime essaie de leur faire peur... Voir ci-dessous les méthodes du Shin Beth (services secrets israéliens) rapportées par Amira Hass.

"Les deux jeunes agents à l’aéroport international Ben Gourion se tenaient à la porte de l’avion. Ce vendredi-là, ils n’attendaient pas quelque Mohammad, mais au contraire un certain Cohen. Matan Cohen.

Il a débarqué, puis ils l’ont suivi jusqu’au contrôle des passeports. De là, on l’a emmené dans une petite salle d’interrogation. Le policier de service a dit à Cohen, 22 ans, étudiant à « Hampshire College », qu’on le détenait sur présomption d’ « activité ennemie ».

Cohen : C’est vous qui avez décidé de me détenir ?

Le policier : Non, des éléments de sécurité.

Cohen : Vous voulez dire le service de sécurité du Shin Beth ?

Le policier : Oui, la section juive du Shin Beth.

Quatre autres individus en civil ont examiné les affaires de Cohen. Ils y ont mis deux heures et demie. Ils ont posé des questions qui ont prouvé à Cohen qu’ils ne savaient rien sur lui. (C’est un militant anarchiste et l’un des coordinateurs de BDS – Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël – aux États-Unis). Ils lui ont dit qu’ils n’avaient pas l’autorisation officielle des services de sécurité pour ouvrir son dossier :

  • On nous a simplement prévenus qu’on vous soupçonne d’activité terroriste : ce qui veut dire qu’ils doivent fouiller ses bagages, ont-ils dit. Après l’examen, on l’a ramené au policier qui a dit :
  • Si ça ne tenait qu’à moi, je vous relâcherais tout de suite. J’attends un coup de téléphone du chef de la section juive.

Cohen : Est-ce que je suis un suspect dans une affaire ?

Le policier : Non, vous n’êtes pas un suspect. Vous êtes soupçonné.

Cohen : Votre connaissance de la grammaire est incroyable.

Le policier : Ça veut dire qu’ils pensent que vous avez des contacts avec quelque chose mais on ne vous soupçonne de rien qui puisse être concret.

Cohen : En d’autres termes, vous pouvez me détenir quand vous voulez.

Le policier : J’ai reçu ces ordres du Shin Beth. Ce sont eux qui décident.

Finalement, le policier a dressé un procès-verbal de rétention, écrit ainsi : « Soupçonné par le Shin Beth d’activité terroriste ». Cohen, étudiant en économie politique, philosophie et psychanalyse, rentrait pour ses vacances et a quitté l’aéroport pour aller chez ses parents.

Il n’était pas le seul anarchiste à avoir affaire à la section juive cette semaine-là. Cinq jours avant, Kobi Snitz assistait à une conférence, quand il a reçu un appel à partir d’un numéro non identifié. Le correspondant lui a dit :

  • Shalom, c’est Rona de Shin Beth. Je suis sûre que vous avez entendu parler de moi.

« Elle a dit qu’elle voulait m’inviter pour une conversation amicale et pour échanger nos idées », a dit Snitz, 39 ans, militant anarchiste et mathématicien. Il a demandé si on le faisait venir pour un interrogatoire, et quand elle a dit non, il a dit « non merci ». En 2009, Snitz a purgé une peine de prison de 20 jours pour avoir essayé, quelques années auparavant, d’empêcher la démolition d’une maison à Kharbatha, village à l’ouest de Ramallah. Il y a deux mois, il a été condamné à cinq autres jours de prison, pour avoir protesté contre la Seconde Guerre du Liban, en 2006.

La section juive estime que tous les Arabes sont dangereux et qu’ils nous mènent en bateau, nous militants naïfs, dit Snitz. Ils nous font venir pour établir un profil psychologique, pour savoir lesquels d’entre nous ils peuvent exploiter, et qui peut être exploité par d’autres. Ils ne cherchent pas de renseignements.

Assaf Kintzer a reçu un appel le 9 décembre :

  • Shalom, c’est Rona du Shin Beth. Comment ça va ?

Après le « ça va bien » d’Assaf, elle a dit qu’elle voulait le voir et lui a demandé de venir au poste de police de la rue Dizengoff à Tel Aviv. C’est urgent, ajouta-t-elle. Kintzer, 33 ans, a dit qu’il ne pouvait pas venir immédiatement. Elle a dit :

  • Je vous rappellerai bientôt, et vous avez intérêt à venir.

Puis elle a continué :

  • Écoutez, si vous ne venez pas maintenant, je vais vous en dire plus au téléphone. Je veux que vous sachiez que nous savons ce que vous faites et qu’il y aura des répercussions. À présent, ce que vous faites est à la limite de la loi, et il est bien possible que les renseignements qu’on a sur vous montreront que vos actions sont illégales. Nous connaissons tous vos dossiers.

Plus tard le même jour, Kintzer a été convié au poste de police pour être interrogé après avoir été détenu au cours de deux manifestations contre la barrière de séparation de Ma’asara.

Puis Rona a ajouté :

  • En plus de votre activité en Cisjordanie, nous savons que vous êtes impliqué dans un projet, celui de manifester contre une conférence d’affaires. Si vous devenez quelque peu violent, il y aura des conséquences. Pourquoi est-ce vous ne dites rien ?
  • Je n’ai aucune raison de répondre, a-t-il dit. Alors Rona, se souvient-il, a dit en le quittant :
  • Sachez que je ne suis pas du tout contre vous. Je suis avec vous et je prends part à des manifestations.

Une personne qui, elle, est allée voir Rona il y a quinze jours, surtout par curiosité, était N., 30 ans, autre membre des Anarchistes contre le Mur.
En tout, l’entretien, y compris le contrôle de sécurité avec un magnomètre et le contrôle du sac de N., a duré moins de 20 minutes. Rona n’est pas arrivée à obtenir de réponse à ses questions, mais N. a dit qu’elle avait ce message :

  • Nous savons ce que vous faites. À présent, vous n’enfreignez pas la loi et nous n’avons aucun problème en ce qui vous concerne. Dès que vous violerez la loi, nous serons là.

Haaretz a demandé au Shin Beth s’il avertissait les militants sur la violation des lois que la Knesset pourrait voter à l’avenir, rendant effectivement leurs actions illégales. Le journal a aussi demandé qui était considéré comme « soupçonné », et si les membres de leur service pouvaient participer à des manifestations contre le gouvernement. Le Shin Beth a répondu : "
Le service de sécurité agit conformément à l’autorité que lui confère la loi, afin d’atteindre son but qui est celui de protéger la sécurité de l’état, les institutions et l’ordre public d’un régime démocratique, face aux menaces de terreur, aux dégâts, à la subversion, à l’espionnage et à la révélation des secrets d’état, comme il est stipulé dans le paragraphe 7 (a) de la loi sur le service de sécurité du Shin Beth, datant de 2002. Quant au degré jusqu’où les employés du Shin Beth peuvent participer à des manifestations, ils sont soumis à toutes les restrictions imposées sur tous les fonctionnaires."

Par Amira HASS

(Traduit par C. Cameron pour CAPJPO-EuroPalestine)

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