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Emprisonnement, torture, calomnies : Comment Israel empêche les ONG humanitaires de travailler à Gaza

samedi 26 octobre 2019

Gideon Levy raconte dans Haaretz le cas de Mohammed El Halabi, directeur de L’ONG World Vision pour la Palestine occupée, emprisonné depuis 3 ans malgré toutes les enquêtes internationales qui ont mis en pièces les accusations contre lui.


"D’après l’ONU, le travail humanitaire fait de Mohammed El Halabi un héros. Israël l’accuse de détourner de l’argent au profit du Hamas. Gideon Levy raconte son histoire pour Haaretz.

Mohammed El Halabi est le directeur de L’ONG World Vision à Gaza et dans le reste de la Palestine occupée. Il est emprisonné depuis trois ans, accusé d’ "intelligence avec l’ennemi en temps de guerre".
Son procès s’est ouvert cette semaine au tribunal de Be’er Sheva.

De deux choses l’une : soit Mohammed El Halabi est l’un des plus dangeureux ennemis d’Israël, comme semblent l’indiquer les charges qui pèsent contre lui ; soit il est la victime d’un système propagandaire cynique et cruel qui l’instrumentalise afin de stopper l’aide humanitaire à destination des gazaouis.
Soit il a détourné des dizaines de millions de dollars et des centaines de tonnes d’acier au profit du Hamas pour financer la construction de tunnels, comme le clame le Shin Bet (les services de renseignement israéliens) ; soit il est le "héros de l’humanitaire" décrit par L’ONU en 2014.
Soit il est un agent infiltré du Hamas au sein de World Vision, l’énorme organisation caritative dont il a été le directeur à Gaza et ailleurs ; soit c’est juste un homme qui a consacré sa vie à venir en aide aux fermiers desargentés, aux handicapés, aux enfants et aux patients atteints de cancer dans la bande de Gaza.


Mohammed auprès des sportifs handicapés à Gaza

Après 52 jours d’interrogatoire et de torture et plus de trois ans dans les geôles de l’occupant, El Halabi, qui avait l’habitude de voyager de par le monde, de prendre la parole devant des parlementaires et qui entrait régulièrement en Israël en toute légalité, à été amené jeudi 17 octobre de la prison de Mitzpeh Ramon à la cour de justice de Be’er Sheva.
Il a été traîné 127 fois devant les tribunaux depuis son arrestation en juin 2016.

Le recueil de son témoignage a duré plus d’un an. Il récuse depuis le début toutes les charges à son encontre.
D’après son avocat Maher Hanna, il s’est vu proposer au début de son procès un accord : signer une confession reconnaissant sa culpabilité et passer trois ans en prison, ce que Mohammed a refusé, arguant de son innocence.

Alors que son cas a attiré l’attention de la presse internationale, il bénéficie d’une faible couverture médiatique en Israël où il est considéré comme un prisonnier parmi tant d’autres, souligne Gideon Levy.

Son père Khalil, 65ans, a travaillé 40 ans pour l’UNRWA en tant que référent pour l’éducation. Mohammed, son deuxième fils, est né dans le camp de Jabalya avant d’épouser Ulla et de lui donner quatre enfants. Leur plus jeune fils Faris, âgé de 4 ans, n’a connu son père que derrière les barreaux.

En 2003, Mohammed El Halabi obtint un diplôme en ingénierie civile. Il a travaillé dans le privé puis pour l’ONU avant de rejoindre World Vision, une ONG d’obédience chrétienne basée aux États-Unis, en 2006. Il en devient rapidement le directeur général pour toute la Palestine occupée.

Il déclarait en 2014 dans une interview pour le site de l’association : "Je suis né dans le camp de Jabalya, la zone la plus densément peuplée du Moyen-Orient. J’y ai vu des enfants dont les maisons ont été détruites, dont des proches ont été tués et qui chantent malgré tout pour la paix". C’est après avoir vu des enfants blessés et traumatisés qu’il décide de consacrer sa vie aux autres.

Mais alors qu’il rentrait d’une réunion professionnelle à Al Quds/Jérusalem (à laquelle il avait le droit de se rendre), il fût arrêté au poste "frontière" d’Eretz le 15 juin 2016. Sa famille n’en fût informée que trois jours plus tard.

Cette semaine marque son quarantième mois en détention. Les visites familiales sont limitées à trois personnes tous les deux mois. Le voyage depuis Gaza prend 12h, pour une demie-heure de visite derrière une vitre blindée.


Manifestation pour la libération de Mohammed

Suite aux actes de torture subis, Mohamed a perdu 40% de son audition, rendant les conversations difficiles. Il n’a toutefois rien perdu de sa combativité. Et il continue à croire à la justice.

Voici les charges qui pèsent contre lui : intelligence avec l’ennemi, soutien actif à une organisation terroriste, possession d’armes, participation à un entraînement militaire non-autorisé...

Il est également accusé d’avoir détourné des fonds (plus de dix millions de dollars) et des matériaux en grande quantité au profit du Hamas, ainsi que d’avoir fait pour le parti islamiste des repérages au checkpoint d’Erez.
Un projet de serres qu’il supervisait aurait servi à dissimuler la construction de tunnels. De même tous les autres projets qu’il a mené n’auraient été que des couvertures. Il serait un agent infiltré du Hamas infiltré au sein de World Vision depuis 2004.

Maitre Hanna récuse toutes ces accusations. Il est convaincu que le seul but de cet acharnement est d’intimider les ONG et de freiner l’aide humanitaire à Gaza, dans l’espoir que la population se soulève.
Et en effet, World Vision a suspendu son travail dans le territoire enclavé jusqu’à la fin du procès.
Elle a néanmoins diligenté une enquête interne dont les conclusions blanchissent tout à fait Mohammed El Halabi.

Le directeur actuel de l’association dans les territoires occupés, Alex Snary a déclaré : "le cas de Mohammed montre à quel point la justice israélienne est travestie dès lors qu’il s’agit des Palestiniens". Il rappelle d’ailleurs qu’aucune preuve ne vient attester des allégations à l’encontre de son ancien collègue.

L’Australie, qui est un financeur important de World Vision, a également mené l’enquête. Elle conclut à l’absence de toute irrégularité dans les activités d’El Halabi. Son avocat précise d’ailleurs que les sommes qu’il est accusé d’avoir détournées sont supérieures au budget total de l’association pour la région.

Le travail de Maître Hanna est également entravé, Israël ne lui remettant pas les autorisations nécessaires à ce qu’il puisse préparer la défense de son client dans la bande de Gaza. Il a saisi la Cour suprême mais celle-ci ne rendra son délibéré qu’en décembre, une fois le procès fini.
De même les témoins appelés à la barre par la défense se sont eux aussi vus refuser l’entrée sur le territoire israélien. Nous attendons désormais de savoir s’ils pourront témoigner par vidéo-conférence. Des problèmes de traduction ont aussi gêné la bonne marche de la justice. La famille El Halabi ne peut bien sûr pas assister au procès.
Un procès durant lequel aucune preuve n’a été fournie par l’accusation à l’encontre de Mohamed El Halabi.

Khalil El Halabi, le père de Mohammed, nous dit "Netanyahu espère un procès équitable quant aux charges de corruption qui pèsent sur lui, et bien Mohammed aussi voudrait bien un procès équitable".

(Traduit par Sarah V. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : Haaretz

CAPJPO-EuroPalestine

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