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Terrorisme d’Etat : Gideon Levy accuse

vendredi 15 novembre 2019

"Une fois de plus, la sacro-sainte unité est là. Une fois de plus, on est « UN PEUPLE », sans opposition, ni débat public, un défilé de béni-oui-oui dans les médias, du sang qui coule sans regrets, comme ça se passe dans ces situations : « Silence, on tire ». Gideon Levy dénonce dans Haaretz le consensus autour des assassinats de Palestiniens et souligne que "le siège de la bande de Gaza est à l’origine de plus de roquettes que les chefs du Jihad Islamique et du Hamas mis ensemble".

"Israël fait semblant de montrer une division qui disparaît magiquement à chaque assassinat. On débat sur la vie, mais on est d’accord sur la mort, du moment que les morts sont des Arabes : Si on est d’accord automatiquement sur chaque action militaire, il n’y a ni polarisation, ni débat – c’est vraiment regrettable.

L’opposition juive qui voudrait condamner l’action violente des « Forces de Défense israéliennes » lorsqu’elle commence, est toujours en gestation. La résistance se manifeste seulement quand elle commence à échouer. Les gens trouvent alors le courage de protester, mais il est toujours trop tard. Au début, on ne voit que la question secondaire du bon moment – refuge des lâches : « On aurait dû agir avant, pas maintenant ». L’opération actuelle, par exemple, est manifestement influencée par les conditions électorales. Mais comment le prouver ?

Si l’effusion de sang est inévitable, le bon moment n’a pas d’importance. Et si elle est de nature criminelle et malveillante, le bon moment ne changera rien. On décide. On a même oublié la haine contre le Premier Ministre Benyamin Nétanyahou : Yair Lapid est satisfait de l’attaque, Benny Gantz en fait l’éloge : « C’est la bonne décision », tandis qu’ Amir Peretz affirme que le plus important est de soutenir les DFI : « Pourquoi ? Eh bien, c’est comme ça. Toujours ? - Mais oui ».

On pourrait accepter l’argument selon lequel Baha Abu al-Ata était à l’origine du constant lancement de roquettes vers Israël , mais rappelons que le siège de la bande de Gaza est à l’origine de plus de roquettes que les chefs du Jihad Islamique et du Hamas mis ensemble. Naturellement, personne n’en parle. Abu al-Ata a grandi dans la bande de Gaza, dans des conditions que les Israéliens ne veulent pas comprendre. Il a choisi la résistance militaire – oui, brutale. Il y a aussi des Israéliens qui ont choisi d’aider les leurs dans l’armée.

L’assassinat d’Abu al-Ata ne rime à rien. Qu’y avons gagné ? Comment son assassinat et celui des autres a-t-il servi les intérêts d’Israël ? Même si on ne discute jamais cette question, on est en fait victimes d’une sérieuse paralysie du cerveau. La situation d’Israël est-elle plus protégée le lendemain de l’assassinat ? Les communautés du Sud vont-elles mieux ? Le Jihad Islamique est-il plus faible ? L’armée s’est-elle renforcée ? Réponses : non et non. Aucun général, ni analyste n’a réussi à expliquer ce qu’Israël a gagné dans tout ça.

Il méritait la peine de mort. Bon, mettons. On vous a entendu, mais qu’avons-nous gagné ? Estimation provisoire : plus de haine de la part de Gaza, même s’il y a encore de la place pour haïr ceux qui ont détruit les vies de cinq générations, et qui n’ont pas arrêté. Le sang a coulé et cela continue – 22 Palestiniens tués dans la bande de Gaza rien que mercredi soir : La destruction et la peur semées des deux côtés, n’avancent à rien. Et puis, on sait très bien qu’Abu al-Ata aura un héritier qui sera encore plus extrême et dangereux , tout comme ceux qui ont remplacé les centaines de chefs et commandants qu’Israël a tués au cours des années – en vain.

Rien n’a servi les notables éliminations de Khalil al Wazir, Ahmed Yassin, Abdul Aziz Rantisi, Thabet Thabet, Ahmed Jabari ou Abbas Musawi. Les « héroïques » assassinats de toutes ces personnes n’ont servi à rien. Israël n’a rien gagné de ceux-ci, sauf du sang versé.

Pourquoi Israël continue-t-il ses assassinats ciblés ? Parce qu’il le peut : Ce sont des histoires héroïques. Parce qu’il adore les combattants palestiniens morts. Parce que la soif de vengeance et de punition le rend fou. Parce que vous montrez aux gens que vous agissez sans retenue. Parce que c’est une façon d’exécuter des gens , tandis qu’Israël ne pratique pas la peine de mort. Parce que c’est la façon d’éviter une vrai solution. Parce que personne n’a le courage de parler de la vraie solution : Lever le siège et parler directement au Hamas. Pare que tous ici applaudissent les assassinats et n’osent jamais demander pourquoi. Demandez à Kahol Lavan et au parti travailliste israélien. Demandez à n’importe quel Israélien s’il est contre : nous sommes tous pour !

(Traduit par Chantal C. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : Haaretz

CAPJPO-EuroPalestine

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