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22 décembre 2011

Rafeef Ziadah : un autre cadeau de Noël ! (Vidéo)

Cette éblouissante Gazaouie donne, avec un talent incroyable, une leçon à tous les politiciens, journalistes et autres mal embouchés, qui osent venir lui demander, pendant qu’elle est sous les bombes, "pourquoi elle enseigne la haine à ses enfants ?". Merci à Annie et Pedro pour la traduction en français !

« Nous enseignons la vie, monsieur ! »

Je vais commencer par ce poème. J’ai écrit ce poème quand les bombes tombaient sur Gaza. J’étais le porte-parole de la Coalition(*) pour les médias et je faisais un gros travail d’organisation. Nous étions restés debout jusqu’à six heures du matin environ, à travailler chaque phrase et chaque son, et à la fin, si vous êtes palestinien, vous savez, la plupart des palestiniens se fatiguent et prononcent le « p » comme un « b », nous étions devenus des « balestiniens » à la fin de la journée. J’ai répété la lettre « p » toute la nuit et le lendemain un des journalistes m’a demandé, « Ne croyez-vous pas que tout irait mieux si seulement vous cessiez d’enseigner la haine à vos enfants ? ».

Je n’ai pas insulté la personne en question, je suis restée très polie, mais j’ai écrit ce poème en réponse à ce type de question qu’on nous pose toujours à nous autres palestiniens.

Aujourd’hui mon corps était un massacre télévisé.

Aujourd’hui mon corps était un massacre télévisé

Qui devrait tenir en une phrase avec un nombre limité de caractères.

Aujourd’hui mon corps était un massacre télévisé.

Qui devrait tenir en une phrase

Et un nombre limité de caractères

Remplis de statistiques pour donner une réponse mesurée.

Et j’avais travaillé mon anglais et je savais par cœur toutes les résolutions de l’ONU.

Mais il m’a quand même demandé, « Mlle. Ziadah, ne pensez-vous pas que tout Serait résolu si vous arrêtiez d’enseigner tant de haine à vos enfants ? »
Pause. J’ai regardé à l’intérieur de moi pour trouver la force de rester patiente.

Mais le mot « patience » n’est pas sur le bout de ma langue

Quand les bombes tombent sur Gaza.

La patience m’a simplement abandonné.

Pause. Sourire.

Nous enseignons la vie, monsieur !

Rafeef, n’oublie pas de sourire.

Pause. Nous enseignons la vie, monsieur.

Nous, Palestiniens, enseignons la vie

Une fois qu’ils ont occupé le dernier ciel.

Nous enseignons la vie

Une fois qu’ils ont construit leurs colonies

Et leurs murs d’Apartheid,

Après les derniers cieux.

Nous enseignons la vie, monsieur !

Mais aujourd’hui mon corps était un massacre télévisé

Qui devrait tenir en une phrase

Et un nombre limité de caractères.

Alors donnez-nous juste une histoire

Une histoire humaine,

Vous voyez, ça n’est pas politique

Nous voulons seulement parler de vous aux gens,

Et de votre peuple.

Alors donnez-nous une histoire humaine,

Ne mentionnez pas le mot « Apartheid » ni « occupation »,

Ça n’est pas politique.

Vous devez m’aider en tant que journaliste

A vous aider à raconter votre histoire

Qui n’est pas une histoire politique.

Aujourd’hui mon corps étai un massacre télévisé.

Et si vous nous donniez l’histoire d’une femme à Gaza

Qui a besoin de médicaments ?

Et vous, est-ce que vous avez assez de bras ou de jambes cassés

Pour effacer le soleil ?

Donnez-moi vos morts

Et faites-moi la liste de leurs noms

Mais pas plus de 1,200 caractères.

Aujourd’hui mon corps était un massacre télévisé

Qui devrait tenir en une phrase et un nombre limité de caractères

Pour émouvoir ceux qui sont insensibles

Au sang terroriste.

Mais ils ont eu pitié.

Ils ont eu pitié

du bétail à Gaza.

Alors je leur donne les résolutions de l’ONU

Et des statistiques,

Et nous condamnons,

Et nous déplorons,

Et nous rejetons,

Et on n’est pas égaux des deux côtés,

Occupant et occupé,

Et 100 morts, 200 morts, et 1000 morts

Et entre ce crime de guerre et ce massacre

Je lance les mots,

Le sourire, pas terroriste,

Le sourire, pas exotique,

Et je compte encore et encore,

100 morts, 200 morts, 1000 morts,

Y’a quelqu’un ?

Est-ce que quelqu’un nous entend ?

Si seulement je pouvais gémir sur leurs corps.

Si seulement je pouvais courir pieds nus dans chaque camp de refugiés

Et serrer chaque enfant

Et couvrir leurs oreilles

Pour qu’ils n’entendent pas le bruit des bombardements

Pendant toute leur vie

Comme je dois le faire, moi.

Aujourd’hui mon corps était un massacre télévisé.

Et laissez-moi vous dire,

Vous et les résolutions des nations unies

N’avez jamais rien fait à ce sujet,

Et aucune phrase,

Aucune phrase

Qui me vient à l’esprit,

Et aussi excellent que devienne mon anglais

Aucune phrase,

Aucune phrase

Aucune phrase

Aucune phrase

Ne les fera revenir à la vie

Aucune phrase

N’arrangera ça.

Nous enseignons la vie, monsieur !

Nous enseignons la vie, monsieur !

Nous, Palestiniens, nous nous réveillons chaque matin

Pour enseigner

Au reste du monde la vie, monsieur !

Merci !

(*) NDT : Coalition Against Israeli Apartheid, Canada.

(Traduction : Annie et Pedro pour CAPJPO-EuroPalestine)

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