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Sissi s’attaque à des défenseurs des droits humains, qui ont rencontré Macron au Caire

lundi 4 février 2019

Depuis qu’ils ont rencontré Emmanuel Macron au Caire, fin janvier, , quatre défenseurs des droits humains égyptiens risquent la prison, et font l’objet d’une plainte pour « offense à l’État égyptien », « atteinte à la sûreté de l’État » et « menace à la sécurité nationale et aux intérêts du pays ». Merci Macron !


Malgré quelques allusions aux droits humains et alors que le régime du maréchal Sissi interpelle, torture et emprisonne ses opposants, Emmanuel Macron est allé renforcer « le partenariat stratégique » avec l’Egypte. Et les contrats d’armement qui vont avec.

La priorité, c’est selon Macron le « combat commun » contre le terrorisme. Mais quel combat commun avec un Etat qui pratique ouvertement le terrorisme à grande échelle ?

Pour les 4 militants égyptiens des droits humains qui ont rencontré en tête à tête Emmanuel Macron mardi 29 janvier au Caire, les représailles n’ont pas tardé.
Dès le lendemain, ils ont appris par la presse qu’ils étaient sous le coup d’une plainte pour « offense à l’État égyptien », « atteinte à la sûreté de l’État », ainsi que « menace à la sécurité nationale » et « aux grands intérêts du pays ».

Si le parquet spécial qui a reçu la plainte choisit de la transmettre au procureur général et que ce dernier ouvre une enquête, Mohamed Zaree, du bureau égyptien de l’Institut d’études des droits de l’homme du Caire (CIHRS), Gamal Eid, du Réseau arabe d’information sur les droits de l’homme (ANHRI), Mohamed Lotfy, de la Commission égyptienne des droits et libertés (ECRF) et Gasser Abdel Razeq, de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), peuvent être emprisonnés, au motif qu’ils auraient « répandu de fausses nouvelles » (un délit que veut instaurer Macron en France.. NDLR.) auprès du chef de l’État français, « pour nuire à la réputation internationale de l’Égypte, à l’intérêt national de l’Égypte ».

Ces soi-disant fausses nouvelles concernent le blocage par le régime égyptien de plus de 500 sites web, des condamnations à la peine capitale de milliers d’opposants, de terribles conditions de détention ou encore des violations commises lors de l’élection présidentielle à l’encontre des adversaires de Sissi.

Terreur et torture, arrestations —y compris pendant la visites de Macron— de plusieurs militants qui assistaient à la commémoration des huit ans de la révolution du 25 janvier au siège du parti Karama, au Caire. Parmi eux : le célèbre militant et photojournaliste Ahmed Gamal Ziada, qui a déjà passé 500 jours en prison et survécu à une tentative d’assassinat en 2015. Il a disparu à l’aéroport international du Caire après avoir été interrogé par la sécurité nationale mardi 29 janvier, peu après le départ d’Emmanuel Macron pour Chypre.

Les quatre militants ayant rencontré Macron subissent une violente campagne de diffamation sur les réseaux sociaux et dans les médias égyptiens, quasiment tous sous contrôle du régime. « Ils subissent une tempête de calomnies et d’attaques verbales inouïes jusque sur leurs téléphones, se font traiter de “traîtres”, “agents de l’étranger” », témoigne pour Mediapart Leslie Piquemal, collègue basée à Bruxelles de l’un d’entre eux, Mohamed Zaree, qui est interdit de quitter le territoire depuis mai 2016 comme une trentaine d’autres confrères.

« Mohamed [Zaree] est épuisé par ce harcèlement médiatique et judiciaire et très inquiet de l’issue que les autorités vont donner à la plainte », poursuit la chercheuse. Pour elle et pour tous les connaisseurs de l’Égypte, il ne fait aucun doute que cette plainte est téléguidée par le pouvoir, « même si c’est difficile à prouver » : « Il est très improbable que ce genre de plainte soit déposée sans consultation des autorités, sur l’initiative d’un seul citoyen, sans contact avec les services de sécurité. Elle a même été très certainement déposée sur instruction de l’exécutif. »

Mohammed Lofty, lauréat 2018 du prix franco-allemand pour les droits de l’homme et l’État de droit, responsable d’une ONG dénonçant les disparitions forcées, et l’un des quatre autres reçus par Macron, paie cher le prix de son militantisme, et sa famille aussi. Sa femme, Amal Fathy, a été arrêtée en mai dernier et condamnée à deux ans de prison pour avoir dénoncé dans une vidéo sur Facebook l’une des plaies du pays, le harcèlement sexuel dont sont victimes les Égyptiennes, et l’inaction des autorités, lesquelles ont considéré que c’était là une atteinte… aux bonnes mœurs et à la sécurité de l’État. Libérée en décembre dernier, elle reste placée sous résidence surveillée, avec interdiction de sortir de chez elle sauf pour aller chez le médecin, car elle a des problèmes de santé.

Vive le dialogue entre Macron et Sissi sur les droits de l’Homme !

Il faut dire que lorsqu’on gouverne de plus en plus par décrets d’urgence, qu’on réduit les libertés de manifester, et qu’on explique vouloir payer des journalistes en France pour donner "les bonnes informations", et sanctionner ceux qui "répandraient de fausses nouvelles" (...), on n’a pas que de l’antipathie pour le maintien de l’ordre façon Sissi, même si on ne peut pas encore en faire autant...

CAPJPO-EuroPalestine

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