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La Shoah comme prétexte à l’annexion (par Zeev Sternhell)

samedi 1er février 2020

Nous reproduisons ci-dessous la traduction d’un article de l’historien israélien Zeev Sternhell paru vendredi sur le site en anglais du quotidien Haaretz. Co-fondateur du mouvement La Paix Maintenant dans les années 1980, Sternhell, rescapé du génocide d’origine polonaise, âgé aujourd’hui de 84 ans, s’est défini comme sioniste, servant loyalement dans toutes les guerres, sa vie durant. Et il apparaît nettement, à la lecture de son article, que c’est encore le cas, seule la « droite » sioniste étant coupable à ses yeux. Il n’empêche…

Titre : L’Holocauste en tant que prétexte pour l’annexion

Texte :

« L’opération combinée par Donald Trump et Benjamin Netanyahou pour conférer une légitimité états-unienne à l’annexion des territoires palestiniens a transpiré au moment même où se tenait à Yad Vashem la réunion du World Holocaust Forum. Il est difficile d’imaginer plus cynique combinaison : à Jérusalem, on s’est donc servi de l’antisémitisme pour faire taire l’opposition, attendue mondialement, au plan d’annexion.

Ainsi, l’antisémitisme, qui avait conduit à la catastrophe infligée au peuple juif, a été transformé par Israël en un instrument politique cynique et éhonté. Jérusalem a fait de l’antisémitisme l’arme fatale pour s’opposer au retrait, ne serait-ce que d’une poignée de juifs, de la Cisjordanie, et à toute idée d’un partage équitable de la terre. Pour les nationalistes, toute politique qui ne colle pas à 100% à l’intérêt israélien tel qu’ils le conçoivent doit être vu comme de l’antisémitisme.

La capacité de Netanyahou et de ses partisans à utiliser le génocide et l’antisémitisme comme monnaie d’échange est bien connue depuis longtemps, de même que la lâcheté de l’Europe et l’incapacité de cette dernière à résister au chantage de la droite israélienne. Le Likoud a décidé que le refus de l’occupation et de l’apartheid dans les territoires constituait de l’antisionisme, et il a ensuite tiré un trait d’égalité entre antisionisme et antisémitisme.

Certes, l’Europe est touchée à juste titre par un sentiment de culpabilité vis-à-vis des Juifs ; l’affaire ne sera jamais close, mais cela ne justifie pas pour autant la complaisance européenne face au racisme et au nationalisme juif israéliens.

Paradoxalement, cette posture revient au final à soutenir, activement, la destruction d’Israël en tant que société libérale, démocratique et juive. Tout individu sensé comprendra que l’annexion sans égalité des droits pour les Palestiniens revient à consacrer un nouvel Etat d’apartheid. Ce qui n’est pas exactement une des raisons d’être de l’Union Européenne.

Qui, en Europe occidentale, accepte d’être caution de telles actions, et de laisser les nationalistes juifs exploiter un passé impardonnable, aux fins de vider le nationalisme juif de la dernière goutte de ses valeurs libérales ?

Au-delà de tout le débat sur la question de savoir ce qui fait l’identité religieuse et nationale juive, le sionisme a été une réponse à l’antisémitisme européen, et une solution à l’oppression et au danger mortel qui menaçait les Juifs. L’émigration vers New-York avait été le 1er choix pour 90% des juifs qui fuyaient l’Europe, avant que les Etats-Unis ne leur ferment la porte, au début des années 1920.

La solution proposée par le sionisme est devenue pertinente parce que toutes les autres portes étaient fermées, et elle a gagné une légitimité mondiale au lendemain du génocide. Mais aujourd’hui, la droite nationaliste essaie d’étendre cette légitimité à l’occupation et à l’annexion.

On a là un exemple frappant de l’exploitation cynique et honteuse de l’Holocauste et de l’antisémitisme au service des besoins politiques du gouvernement israélien.

Alors ? Alors voilà la question : comment pouvons-nous faire comprendre au monde progressiste qu’il n’y a pas de rapport entre l’antisémitisme et une critique sans concession de l’occupation et de l’annexion, ou d’autres caractéristiques de la politique israélienne dans les territoires ?

Le président allemand a exprimé des remords avec des mots qui imposent le respect. Sous la direction de la Chancelière Angela Merkel, afin de montrer au reste du monde que le pays était désormais libéré du racisme, a accueilli un million de réfugiés non chrétiens et non européens.

Mais tant l’Allemagne que la France, qui ont leurs propres problèmes avec la question de l’antisémitisme, se comportent comme si elles avaient peur de leur propre ombre lorsqu’il s’agit de toucher la corde sensible de la critique d’Israël.

La propagande de la droite est parvenue à convaincre nombre des meilleurs esprits d’Europe occidentale que de telles critiques reviennent à s’opposer au sionisme, ce qui reviendrait à dénier à Israël le droit d’exister, et que ce serait par conséquent de l’antisémitisme. Mensonge absolu ! et les Israéliens devraient être les premiers à le crier du haut des toits ! »}

(Traduction CAPJPO-EuroPalestine)

Source : https://www.haaretz.com/opinion/.premium-the-holocaust-as-a-pretext-for-annexation-1.8472451

CAPJPO-EuroPalestine

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