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Un professeur israélien renvoyé pour avoir osé questionner les méthodes de l’armée

dimanche 2 février 2020

Meir Baruchin, professeur d’éducation civique dans la banlieue de Tel Aviv, vient d’être licencié pour ses opinions, dans la "grande démocratie israélienne". Il ne regrette pas pour autant l’enseignement qu’il a pu prodiguer pendant 30 ans, rapporte Haaretz.


"C’est précisément parce que la plupart des élèves sont nourris par le discours dominant chez eux, dans les médias et à l’école que le devoir d’un professeur d’éducation civique de présenter un autre regard. Selon le sujet, ce regard minoritaire peut être celui des arabes, des ultra-orthodoxes ou encore de la communauté LGBT. L’idée est de sortir d’une vision binaire et hégémonique du monde, au-delà de la question du "conflit" israelo-palestinien, a-t-il déclaré dans une interview.

Deux semaines après son renvoi du lycée de Rishon, où il enseignait aux classes de première et de terminale,, Baruchin n’a aucun regret. Quant à ses anciens élèves, ils lui expriment leur gratitude sur les réseaux sociaux, le remerciant de leur avoir enseigné l’esprit critique, dans le respect de toutes leurs opinions, même celles contraires aux siennes.

En 2015, Baruchin avait participé à l’organisation d’une rencontre entre sa classe et une autre de l’école de Taibeh, une ville arabe du centre d’Israël. Les parents de neuf des élèves s’étaient opposés à ce que leurs enfants rencontrent des arabes.
Comme c’était prévisible, les deux groupes d’élèves interagirent d’abord peu. Meir Baruchin intervint "il y a de nombreuses différences entre moi et l’autre professeur. C’est une femme, je suis un homme, elle est arabe, je suis juif, elle est croyante, je suis laïque. Et pourtant quelque chose de bien plus grand nous rassemble, nous sommes tous les deux humains et c’est pourquoi nous devrions avoir les mêmes droits". À la suite de quoi les deux groupes se mirent à échanger et poursuivent aujourd’hui le dialogue via un groupe WhatsApp qu’ils ont spontanément créé.
Cette initiative de rencontre a pourtant été interrompue quand l’Union Européenne a retiré son soutien financier.

L’enseignement de Meir Baruchin est fondé sur l’idée que c’est aux élèves de faire leurs propres choix et qu’ils sont libres d’évoluer.

Il y a deux ans, il a joué les objecteurs de conscience à l’occasion d’une intervention de membres de l’armée dans son établissement. Alors qu’un officier présentait les qualités d’un bon leader, à savoir le charisme, la créativité ou encore la résistance à la pression, Baruchin intervint pour faire valoir qu’un certain Hitler possédait lui aussi ces qualités et qu’elles ne suffisaient donc pas à garantir que le leader soit bon. Une réflexion qui a permis de susciter une discussion parmi les élèves.

Il qualifia les soldats israéliens de meurtriers en évoquant le massacre de Kafr Qassem qui eut lieu en 1956 et au cours du quel 49 civils arabes furent assassinés. "Personne ne parle de ce massacre, ni des raisons du rejet palestinien du Plan de Partition de l’ONU, ni des meurtres avérés bien qu’effacés des archives."

"Je veux que les élèves comprennent ce que ça veut dire de pointer une arme sur un enfant de 8 ans et de presser la gâchette."
"Il y a forcément une raison", commencent par dire certains d’entre eux.

"Je veux les confronter à leurs limites" dit Baruchin "ils doivent comprendre entre autre chose que la liberté d’expression ne se rapporte pas qu’aux choses agréables à entendre mais aussi aux pires horreurs".

Ainsi quand il évoque les droits de l’Homme, Meir Baruchin note plusieurs noms au tableau : Yigal Damir (le meurtrier de Yitzhak Rabin), Benny Sela (violeur multi-récidiviste) et Hassan Nasrallah (le leader du Hezbollah). Il demande ensuite à ses élèves si ces personnes méritent que leur soient appliqués les Droits de l’Homme. Le plus souvent la réponse est non, pas ces monstres disent les élèves. Le professeur explique qu’ils écartent donc ces hommes de l’humanité, comme l’ont fait les États-Unis avec les noirs du temps de l’esclavage et comme l’ont fait les nazis avec les juifs. Parfois cela fait tilt dans la salle de classe. Car pour de nombreux étudiants, non seulement les arabes ne méritent pas de posséder les mêmes droits que les juifs mais ils sont une abstraction dépersonnalisée, sans nom, sans visage, sans identité individuelle.

Courant 2017, il avait pris la parole à l’occasion d’une conférence organisée par l’université hébraïque de Jérusalem pour expliquer que "c’est son devoir d’amener les étudiants à se questionner. Ils peuvent garder leurs opinions initiales mais seulement après les avoir interrogées, ne considérant rien comme une évidence per se".

"Une des premières choses que je dis aux élèves, c’est que je serai heureux si à la fin de notre cursus commun, ils ont plus de respect pour les points d’interrogation que pour les points d’exclamation".

C’est ce genre de position qui lui a valu de se faire renvoyer. En plus de quoi il a été interdit d’enseigner dans la commune, une véritable marque de Cain."

Israël : même plus une démocratie pour les Juifs !

(Traduit par Sarah V. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : Haaretz

CAPJPO-EuroPalestine

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