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URGENT : Les médicaments vitaux introuvables à Gaza

jeudi 17 octobre 2019

Au secours ! Les stocks de 225 médicaments essentiels détenus dans le magasin central du ministère de la Santé de Gaza sont épuisés à plus de 90 %..

Shaaban est un enfant autiste de 10 ans. Il a besoin d’aide pour ses études, ainsi que de soins médicaux qui coûtent jusqu’à 900 $ par mois. Sans ses médicaments, sa maladie se manifeste par des cris, des difficultés d’endormissement et parfois même des pertes de connaissance.

Le père de Shaaban, Ibrahim, travaille comme concierge dans une école locale. Depuis la crise économique généralisée provoquée par le siège israélien de Gaza, Ibrahim a vu son salaire mensuel chuter ces dernières années d’environ 450 $ à 350 $.
Il a quatre enfants à charge, dont Shaaban. Et près de la moitié du salaire d’Ibrahim est consacré au paiement d’un prêt bancaire qui a été émis pour construire la maison de la famille.
L’autre problème lié au traitement est que la plupart des médicaments prescrits à Shaaban ne sont pas disponibles à Gaza.
« Je me sens impuissant », déclare Ibrahim. « Je ne peux ni trouver, ni acheter les médicaments dont Shaaban a besoin. C’est très dur. Je fais tout ce que je peux pour mon fils, je ne sais pas ce que je peux faire de plus. »

Le Centre euro-méditerranéen des droits de l’homme, basé à Genève, a publié en août les résultats de ses recherches sur les enfants palestiniens autistes. L’organisation a déclaré que la plupart des parents d’enfants autistes interrogés se plaignait que le traitement leur coûtait trop cher étant donné qu’aucun soutien financier n’est fourni par les autorités.

Une pénurie organisée par Israel

Le siège israélien, imposé depuis 2007, a énormément affecté le système de santé de Gaza. Un nouveau rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) indique que sur la liste des 516 médicaments essentiels de Gaza, près de la moitié avaient moins d’un mois de stock encore disponible en 2018 et a ajouté que l’épuisement des stocks s’est aggravé de 15% par rapport à l’année précédente.
Les données de 2019 brossent un tableau tout aussi inquiétant. Au cours du mois d’août, les stocks de 225 médicaments essentiels détenus dans le magasin central du ministère de la Santé de Gaza étaient épuisés à plus de 90%.

Rana Hussein, infirmière à l’hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza, affirme que plus de 60 médicaments contre le cancer ne sont pas disponibles à Gaza. Les traitements pour le diabète et certaines affections rénales sont quasiment impossibles à trouver également.
« Il y a 250 patients atteints de thalassémie [une anomalie congénitale touchant les globules rouges] qui manquent de médicaments », a déclaré l’infirmière.

Les attaques fréquentes d’Israel contre les Palestiniens participant aux manifestations ont également imposé des charges considérables aux hôpitaux de Gaza.

Plus de 1 000 personnes ayant été blessées sont en attente d’un traitement de reconstruction orthopédique des membres (matériel de chirurgie tel que prothèse), a déclaré le mois dernier Nickolay Mladenov, l’envoyé des Nations Unies pour le Moyen-Orient. À moins qu’un tel traitement ne soit fourni sans délai, de nombreux membres pourraient être perdus pour cause d’infection.
Mladenov a affirmé que "certaines améliorations ont été ressenties" dans l’économie de Gaza au cours des derniers mois. Le chômage a « chuté » de 47% à 46,7%. Ces améliorations ne sont pas perceptibles pour les gens ordinaires. Et les observateurs des droits de l’homme ont attiré l’attention sur une nouvelle méthode de calcul des données sur le chômage récemment introduite en Palestine, probablement à l’origine de l’évolution de ces chiffres.

Ainsi, Gisha, un groupe qui milite contre les restrictions de mouvement, a estimé que le taux réel de chômage à Gaza a augmenté depuis l’année dernière.
Mahmoud est un chômeur de 30 ans. Deux de ses enfants, Wissam, 8 ans, et Lina, 7 ans, sont épileptiques. Wissam peut avoir jusqu’à cinq crises par jour. Il s’est cassé les dents et s’est blessé aux mains en tombant.
"Impossible de payer"
Une dose de Levetiracetam (Keppra*)- le principal médicament utilisé pour traiter l’épilepsie - coûte 150 $ pour chacun des enfants Lina et Wissam par mois - quand il peut être trouvé. « Ce traitement n’est souvent pas disponible dans les hôpitaux et les pharmacies de Gaza », déclare Mahmoud, qui n’a pas l’argent pour acheter les médicaments, de toute façon.
La mère des enfants, Ghada, tente de rester optimiste : « Après les nuages noirs vient le soleil », dit-elle. « J’aimerais que ce soit moi [qui ait eu l’épilepsie], pas vous », ajoute-t-elle en regardant ses enfants.

Imam Abdulrahman, aujourd’hui âgé de 23 ans, diagnostiqué d’une maladie cardiaque en 2016, a subi une opération de remplacement de sa valve aortique. Il est essentiel qu’il prenne régulièrement des médicaments pour réduire le risque d’une crise cardiaque ou d’un accident vasculaire cérébral. Comme beaucoup d’autres à Gaza, lui et sa famille n’ont pas les moyens de payer ses frais médicaux.
Faute d’un emploi fixe, Abdulrahman fait occasionnellement du travail sur les chantiers ou comme nettoyeur. Il s’appuie principalement sur les prestations sociales versées à son père par l’Autorité Palestinienne, dont le siège se trouve en Cisjordanie occupée. Ces prestations s’élevent à 400 $ et ne sont émises que tous les trois mois.
"Ce n’est pas assez", souligne Abdulrahman. « Il m’est impossible de payer mes médicaments. »

(Traduit par Anne-Marie pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : Electronic Intifada. Yousef M. Aljamal est un écrivain basé à Gaza.
Twitter : @YousefAljamal.

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