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Laissons-leur les lamentations...

lundi 9 décembre 2019

"Ne soyez pas en colère. N’en soyez même pas déçus. Il s’agit d’une piètre démonstration de ce qu’ils croient être une force, mais ceux qui ont présenté cette résolution ont montré leur faiblesse", c’est le message que nous envoie Narriman, fille de réfugié palestinien, à propos de la fameuse "résolution Maillard".


LETTRE AUX AMIS DE LA PALESTINE

"Ne soyez pas effondrés de la résolution qui vient d’être votée par 154 députés sur 577.

Ne soyez pas en colère. N’en soyez même pas déçus. Il s’agit d’une piètre démonstration de ce qu’ils croient être une force, mais ceux qui ont présenté cette résolution ont montré leur faiblesse.

Ceux qui l’ont portée montrent à quel point ils sont acculés, obligés de devoir influencer, de leur propre aveu, les cours des enseignants, l’analyse souveraine des magistrats.

Car ils n’ont pas réussi à nous faire taire, à vous faire taire. Vous tous, hommes et femmes libres, qui dénoncez l’immense injustice subie par les Palestiniens, parfois en prenant le risque de subir des pressions, des calomnies, des injures, et pire encore.
Ils n’ont plus que cela, comme l’occupant n’a plus que ses armes terrifiantes pour essayer d’étouffer l’envie de liberté, le besoin de liberté, le droit à la liberté d’une nation.
Ils n’ont plus que cela. Face au libre-arbitre, à la pensée, à la culture, à la connaissance, ils n’ont plus que cela : s’appuyer sur le déni de l’Histoire, le mépris du droit international (celui- là même qui s’est construit en réponse à la barbarie), et élaborer des textes médiocres, incohérents, alambiqués. Et qui sont surtout dangereux pour ceux qu’ils prétendent défendre.

Car, comme il faut être faible pour devoir, dans une servilité ahurissante, renoncer à nos valeurs, celles de la République, les valeurs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.
Quel aveu de faiblesse, en effet, de devoir jouer de la culpabilité, des peurs et des amalgames, jusqu’à la caricature, pour essayer de nous verrouiller, de nous réduire au silence, nous qui clamons notre soutien, notre admiration même de la Palestine et de son peuple résistant, qui porte sa patrie dans son cœur de génération en génération, dans un même espace-temps éternel, inaliénable, malgré l’éloignement, la dispersion, la dilution.

Comme ils sont faibles, ceux qui acceptent des colons fanatiques dans leurs amitiés, ceux qui déroulent le tapis rouge à des criminels de guerre, ceux qui admirent des violeurs quotidiens du Droit, pourtant maintes fois proclamé.
Comme ils sont faibles, désespérés même, pour en être réduits à brandir des menaces contre la liberté de pensée des Français, contre l’avis même de centaines d’intellectuels éclairés, qui ont bien compris que finalement, ce n’est pas la Palestine, ni ses amis, qui subiront les effets pervers de ce renoncement.

Comme ils sont faibles d’avoir été sourds aux avertissements de la commission nationale consultative des droits de l’homme.

Et comme vous êtes forts, vous, les amis de la Palestine, même lorsque vous n’êtes pas du même bord politique, que votre défense des droits humains soit offensive ou qu’elle soit timide, qu’elle s’exprime dans la rue ou dans l’intimité de votre salon, que vous en fassiez votre cause ou un sujet de conversation dans un bar.

Et cette résolution pitoyable ne me met pas en colère. Elle ne m’enlève pas une once de l’amour que je porte à la République, même lorsque ses institutions sont dévoyées, l’amour que je porte aux Français, mes compatriotes, qui gardent leur bon sens, malgré les injonctions d’avoir à penser contre l’évidence, malgré l’instrumentalisation odieuse de la terreur effroyable qui s’est abattue dans nos rues.
Les Français, qui savent qui sont les occupants et qui sont les occupés. Qui n’ont pas la mémoire courte, qui n’ont pas oublié ce que signifie la dévastation d’une nation.
Et qui ne sont pas dupes... malgré tous les vains efforts déployés par les amis des hors-la-loi, des termes journalistiques ambigus aux coups de basse politique... ces vains efforts, preuves de leur faiblesse.
Palestine, nous dirons encore plus ton nom, et moins le nom de ceux qui veulent, sans jamais y arriver, te détruire.

Palestine, nous écrirons encore plus ton nom, qui rassemble désormais toutes les humanités, les mémoires, les croyances.
Palestine, nous te promettons que nous ne nous laisserons pas envahir par leur haine. Palestine, nous ne laisserons pas les ignares se servir de toi pour leurs desseins fanatiques, ni faire de toi l’étendard de causes d’un autre âge.
Palestine, nous continuerons à dire notre amour de ta liberté, parce que nous aimons toutes les libertés, la Liberté.

Chers amis, ne soyez pas abattus par l’agitation vaine des faibles, embourbés dans la déliquescence de leurs valeurs perdues.
Au contraire, écoutez-les, regardez-les, observez-les, dans leur pathétique défaite."

Narriman Kattineh Française. Fille d’un réfugié palestinien.

CAPJPO-EuroPalestine

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