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Israël : magouilles électorales entre la droite et l’extrême-droite. La "démocratie juive" mal en point.

lundi 20 janvier 2020

En Israel, contrairement à la France, la droite ne se sert pas de l’extrême-droite comme repoussoir lors des élections. Leurs programmes sont trop similaires pour cela. Ils partagent le même attachement à la colonisation et le même racisme anti-palestinien, refusant tous d’inclure au gouvernement le parti de la Liste Arabe Unie, malgré ses bons scores aux dernières élections... Ils se battent juste pour savoir qui va prendre la place de Netanyahou le 2 mars prochain, mais ce dernier est prêt à faire sauter la planète pour conserver son immunité...



Mondoweiss résume comme suit les tractations en cours :

"Le 15 janvier était le dernier délai pour présenter des listes de partis en vue des élections israéliennes du 2 mars – les troisièmes en un an. Israël est dans une impasse politique. Aucun des deux grands blocs n’est en mesure de former une coalition rassemblant 61 sièges sur les 120 du parlement israélien. Il manque toujours quelques sièges au bloc de droite parce qu’Avigdor Lieberman et son parti d’extrême-droite Israel Beytenou est catégorique dans son refus de s’allier avec des partis religieux, comme avec la Liste unie, qu’il qualifie de « terroriste », bien qu’elle représente les 20 % de citoyens israéliens.

Pendant ce temps, le parti "centriste" Bleu Blanc de Benny Gantz (le bourreau en chef de Gaza en 2014), qui recueille souvent quelques sièges de plus que le Likoud de Benjamin Netanyahu (récemment 34 contre 32), ne peut pas davantage atteindre les 61 sans Lieberman. Gantz refuse de se mettre au service de Netanyahu qui, bien qu’inculpé dans trois affaires de corruption, a été récemment réélu à la tête du Likoud et a rassemblé un nombre de soutiens significativement supérieur à ceux de Gantz pour le poste de Premier ministre.

Et bien que le troisième parti (en nombre de sièges) soit la Liste Arabe Unie, qui représente les citoyens palestiniens d’Israël, les "Bleu Blanc " le traitent comme une "maîtresse", selon les mots de son leader Ayman Odeh, menant les négociations en secret, et cherchant uniquement à exploiter le soutien de la Liste unie pour obtenir un avantage politique sur l’autre bloc, sans laisser entrer des Palestiniens au gouvernement.

C’est l’impasse. Israël veut avoir une « démocratie juive » mais il n’arrive pas à la faire fonctionner. C’est ce qui arrive quand vous voulez faire de « l’ingénierie démographique », excluant la majorité des Palestiniens non juifs, et qu’ensuite vous essayez de jouer les « démocraties juives ».

Ces jours derniers, la droite aussi bien que la "gauche" ont été pris de panique. Ils craignaient que les petits partis n’atteignent pas le seuil de 3,25% qui permet d’entrer au parlement avec un minimum de 4 sièges. A gauche, cette crainte a provoqué le rapprochement entre le Meretz, sioniste de gauche, et le Gesher fusionné avec le Parti travailliste.
Depuis leur fusion, le Parti travailliste, Gersher et le Meretz peuvent compter désormais sur environ 10 sièges. Mais le Meretz (censé être le plus à gauche de tous) a rejeté le parlementaire palestinien Issawi Frej à la 11ème place de la liste combinée, et il y a donc peu de chances qu’il fasse son retour au parlement.

La "Nouvelle Droite"

La "Nouvelle Droite" est désormais dirigée par Naftali Bennett, l’homme qui s’est vanté dans le passé de tuer « beaucoup d’arabes ». Bennett dirige la Nouvelle Droite en compagnie de Ayelet Shaked, ex-ministre de la Justice connue pour avoir appelé à un génocide sur les médias sociaux, en postant un texte où elle qualifiait les enfants palestiniens de « petits serpents ».

Étonnamment, Bennett se dépeint aujourd’hui comme un libéral [au sens américain de progressiste - NDLR]. Il voulait que le Foyer Juif le rejoigne mais insistait pour qu’il abandonne l’alliance qu’il avait récemment conclue avec le Front National Juif [alias Chayil ou Jewish Power]. Le Foyer Juif est dirigé par Rafi Peretz, le ministre de l’Education qui a promu une thérapie de conversion pour les homosexuels et a qualifié le mariage mixte (juif/arabe) de « second holocauste ».

Le Foyer Juif et le Front National Juif se sont rapprochés parce que séparément ils n’atteignaient pas le seuil d’éligibilité. Pour Bennett, Peretz était kasher mais le Front National Juif, rassemblant les disciples du terroriste Meir Kahane, ne l’était pas.
Bennett a donné hier une justification de ce distinguo dans un post en hébreu sur facebook. Ce post révèle une incapacité à expliquer pourquoi il estime que le Front National Juif dépasse les bornes et pourquoi Rafi Peretz devrait s’en séparer pour le rejoindre. Cela commence ainsi :
"En tant que président de la Nouvelle Droite candidat à la Knesset, et qu’ancien ministre de l’Education d’Israël, je ne peux inclure dans ma liste quelqu’un qui a dans sa salle de séjour une photo de l’homme qui a tué 29 innocents."
Bennett faisait référence à Itamar Ben Gvir, leader du Front National Juif, qui a une photo de Baruch Goldstein dans sa salle de séjour. En 1994, Goldstein a tué 29 fidèles musulmans à la mosquée Al Ibrahimi d’Al Khalil (Hebron).

Après avoir lancé une pareille bombe sur le flanc d’extrême droite du camp des sionistes religieux, Bennett s’est retrouvé contraint de prouver par le menu son zèle ultra-sioniste afin que les gens ne se mettent pas à le qualifier de pacifiste :
"Je suis juif. Israélien. De droite. Mes parents sont venus en Israël par choix, selon leurs idéaux. Par sionisme.(...) Ils furent consternés par les accords d’Oslo en vue d’un partage du pays et ils le manifestèrent chaque vendredi, qu’il pleuve ou qu’il vente, au centre Ahuza à Haifa. Même si on se moquait d’eux et qu’on les méprisait. Tout cela pour éviter d’avoir à céder un seul centimètre de territoire à l’ennemi."

Hier, Bennett, ministre de la Défense, a lui aussi renforcé son credo annexionniste avec l’approbation ministérielle pour la création de sept nouvelles "réserves naturelles" dans la zone C de la Cisjordanie occupée, parallèlement à l’extension de douze réserves existantes. C’est la première fois depuis les accords d’Oslo qu’une mesure de cette sorte a été prononcée.

Au cours des élections d’avril dernier, Netanyahu s’est beaucoup démené pour intégrer le Front National Juif dans un groupe d’extrême droite. Cela n’a pas marché et, aux élections de septembre, le Front National Juif est parti seul à la bataille, est resté loin au dessous du seuil d’éligibilité, entraînant la perte de voix d’extrême droite.
Netanyahu a donc invité Bennett et Peretz dans son bureau à Jerusalem en compagnie du dirigeant sioniste religieux le rabbin Chaim Druckman. Résultat : le Foyer National Juif s’allie avec la Nouvelle Droite et le Front National Juif s’en va de son côté.

Peretz a obtenu la deuxième place dans la liste d’union. Ayelet Shaked la troisième. Et Bezalel Smotrich, qui était jusqu’à récemment un sans logis de la politique (son Union Nationale étant très loin en dessous du seuil d’éligibilité), est à présent au 4ème rang de la liste, parce qu’il a fusionné la veille son parti de la Droite Nationale avec la Nouvelle Droite. Smotrich est connu pour avoir fourbi des plans en vue d’extrader ou d’expulser les Palestiniens, défendu l’idée de séparer les mères juives des mères palestiniennes dans les maternités, et l’an dernier pour avoir tout simplement suggéré qu’Israël devrait suivre la loi de la Torah. .

A présent cette alliance Nouvelle Droite – Union Nationale – Foyer national Juif est censée avoir 9 ou 10 sièges, si les votes des dernières élections se maintiennent et s’il n’y a pas trop d’électeurs qui persistent à voter pour le Front National Juif, dont les voix seraient perdues.

L’hypothétique tournant « libéral » de Bennett, utilisant le repoussoir du Front National Juif comme preuve de son « libéralisme », rappelle l’opposition d’Avigdor Liberman au Likoud de Netanyahu l’an dernier. Son refus de soutenir une coalition incluant des partis religieux l’a fait paraître d’un coup comme libéral – celui-là même qui avait plaidé jadis pour que l’on décapite à la hache les citoyens palestiniens déloyaux envers Israël. Tout est relatif.
Du calme. Jetez un coup d’oeil sur la répartition des votes. Le Likoud aurait environ 32 sièges. La Nouvelle Droite et ses alliés 10. Et les partis ultra orthodoxes Shass et Judaïsme Unifié de la Torah environ 8 chacun. Le tout fait 58. Et donc, on est toujours dans l’impasse dans la « démocratie juive ».

(Traduit par Philippe G. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : https://mondoweiss.net/2020/01/israeli-rightwing-parties-merge-ahead-of-election-wolves-in-sheeps-clothing/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_campaign=daily-email-mailpoet

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